CHAPITRE IX. I.JJ
fanullo marchande, ([ui a perdu le jugement, de re^^ret d avoir manque un grand seigneur qu elle espéroit épouser ; et la quatrième est occupée par une fille de qualité nommée dona Beatrix, dont il faut que je vous raconte le malheur.
Cette dame avoit une amie qu on appelle dona Mencia : elles se voyoient tous les jours. Un chevalier de Tordre de Saint-Jacques, homme bien fait et galant, fil i'onnoissance avec elles , et les rendit bientôt rivales : elles se disputèrent vivement son cœur, qui pencha du coté de dona Mencia • de sorte que celle-ci devint femme du chevalier.
Dona Beatrix, fort jalouse du pouvoir de ses charmes, conçut un dépit mortel de n avoir pas eu la préférence ; et elle nourrissoit, en bonne Espagnole, au fond de son cœur , un violent désir de se venger , lorsqu'elle reçut un billet de don Jacinthe de Romarate , autre amant de dona Mencia ; et ce cavalier lui mandoit qu'étant aussi mortifié qu elle du mariage de sa maîtresse , il avoit piis la résolution de se battre contre le chevalier qui la lui avoit enlevée.
Cette lettre fut très-agréable à Beatrix , qui , ne voulant que la mort du pécheur, souhaitoit seulement que don Jacinthe ôtàt la vie à son rival. Pendant qu elle attendoit avec impatience une si chrétienne satisfaction, il arriva que son frère , ayant eu par hasard un dilfélend avec ce même don Jacinthe, en vint aux prises avec lui, et fut percé de deux coups d'épée , desquels il mourut. Il étoit du devoir de dona Beatrix de poursuivre en justice le meurtrier de son frère; cependant elle négligea cette poursuite, pour donner le temps à
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don Jacinthe d'attaquer le chevalier de Saint-Jacques ; ce qui prouve bien que les femmes n'ont point de si cher intérêt que celui de leur beauté. C'est ainsi qu'en use Pallas, lorsque Ajax a violé Cassandre; la déesse ne punit point à Tlicure même le Grec sacrilège qui vient de profaner son temple j elle veut auparavant qu'il contribue à la venger du jugement de Paris. Mais hélas! donaBeatrix, moins heureuse que Minerve, n'a pas goûté le plaisir de la vengeance. Romarate a péri en se battant contre le chevalier j et le chagrin qu'a eu cette dame de voir son injure impunie a troublé sa raison.
Les deux folles suivantes sont l'aïeule d'un avocat et une vieille marquise : la première , par sa mauvaise humeur , désoloit son petit-iils, qui fa mise ici fort honnêtement pour s'en débarrasser : l'autre est une femme qui a toujours été idolâtre de sa beauté ; au lieu de vieillir de bonne grâce, ellepleuroit sans cesse en voyant ses charmes tomber en ruine; et enfin , un jour, en se considérant dans une glace fidèle, la tête lui tourna.
Tant mieux pour cette marquise, dit Leandro : dans le dérangement où est son esprit, elle n'aperçoit peutêtre plus le changement que le temps a fait en elle. Non , assurément , répondit le Diable : bien loin de remarquer à présent un air de vieillesse sur son visage , son teint lui paroît un mélange de lis et de roses ; elle voit autour d'elle les Grâces et les Amours ; en un mot , elle croit être la déesse Vénus. Hé bien , répliqua fécolier, n'est-elle pas plus heureuse d'être folle, que de se voir telle qu'elle est? Sans doute, repartit Asmodée. Oh çà, il ne nous reste plus qu'une dame à observer ; c'est celle qui habite la dernière loge , et que le som-