CHAPITRE IX. l
perte de l'un , et «le brûler ensuite la cervelle à l'autre du» coup de pistolet. Julio, de son coté, n'étoit pas sans défiance ; et, jugeant que son maître, après s'être défait de don Rimen , pouiroit bien le sacrifier aussi à sa sûreté , conçut le dessein de se sauver une belle nuit avec tout ce qu'il y avoit dans la maison de plus facile à emporter.
Voilà ce que ces deux honnêtes gens méditoient chacun en son particulier, lorsqu'un jour ils furent surpris l'un et l'autre, à cent pas du château, par quinze ou vingt archers de la Sainte-Hermandad , qui les environnèrent tout-à-coup en criant : De par le roi et la justice. A cette vue , don Guillem pâlit et se troubla ; néanmoins , faisant bonne contenance , il demanda au commandant à qui il en vouloit ? A vous-même , lui répondit l'officier : on vous accuse d avoir enlevé don Kimen de Lizana; je suis chargé de faire dans ce château une exacte recheiche de ce cavalier, et de ni'assurer même de votre personne. Stephani, par cette réponse , persuadé qu'il étoit perdu, devint furieux 5 il tira de ses poches deux pistolets , dit qu'il ne souffriroit point qu'on visitât sa maison , et qu'il alloit casser la tête au commandant, s'il ne se retiroit promptement avec sa troupe. Le chef de la sainte confrérie, méprisant la menace,, s'avança sur le Sicilien , qui lui lâcha un coup de pistolet , et le blessa au visage ; mais cette blessure coûta bientôt la vie au téméraire qui l'avoit faite : car deux ou trois archers firent feu sur lui dans le moment, et le jetèrent par terre roide mort , pour venger leur officier. A l'égard de Julio , il se laissa prendre sans résistance ; et il ne fut pas besoin de l'interroger pour savoir
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de lui si don Kimen étoit dans le château : ce valet avoua tout ; mais voyant son maître sans vie, il le chargea de toute l'iniquité.
Enfin il mena le commandant et ses archers à la cave , où ils trouvèrent Lizana couché sur la paille , bien lié et garrotté. Ce malheureux cavalier , qui vivoit dans une attente continuelle de la mort , crut que tant de gens armés n'entroient dans sa prison que pour le faire mourir ; et il fut agréablement surpris d'apprendre que ceux qu'il prenoit pour ses bourreaux étoient ses libérateurs. Après qu'ils l'eurent délié et tiré de la cave, il les remercia de sa délivrance , et leur demanda comment ils avoient su qu'il étoit prisonnier dans ce château. C'est, lui dit le commandant, ce que je vais vous conter en peu de mots.
La nuit de votre enlèvement , poursuivit-il , un de vos ravisseurs , qui avoit une amie à deux pas de chez don Guillem , étant allé lui dire adieu avant son départ pour la campagne , eut l'indiscrétion de lui révéler le projet de Stephani. Cette femme garda le secret pendant deux ou trois jours ; mais , comme le bruit de l'incendie arrivé à Miedes se répandit dans la ville de Siguença , et qu'il parut étrange à tout le monde que les domestiques du Sicilien eussent tous péri dans ce malheur , elle se mit dans l'esprit que cet embrasement devoit être l'ouvrage de don Guillem. Ainsi , pour venger son amant , elle alla trouver le seigneur don Félix votre père , et lui dit tout ce qu'elle savoit. Don Félix , effrayé de vous voir à la merci d'un homme capable de tout , mena la femme chez le corrégidor , qui , après l'avoir écoutée , ne douta point que Stephani n'eût