‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 128 sur 241 · LIVRE m, CHAP. X. l'J'J · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAP. X. l'J'J

généreux pour bien payer les petites bagatelles qu'on leur accorde. Grâces au ciel , Florimonde et ma maîtresse sont à présent sans amants; je veux diie qu'elles n'ont pas de ces amants qui s'érigent en maris et veulent faire tous les plaisirs d'une maison, parce qu'ils en font toute la dépense. Pour moi, j'en suis bien aise; et je soutiens qu'une coquette sensée doit fuir ces sortes d'engagements. Pourquoi se donner un maître ? Il vaut mieux gagner sou à sou un équipage, que de l'avoir tout d'un coup à ce prix-là.

Lorsque Laure étoit en train de parler, et elle y étoit presque toujours, les paroles ne lui coiitoient rien. Quelle volubilité de langue! Elle me conta mille aventures arrivées aux actrices de la troupe du prince; et je conclus de tous ses discours que je ne pouvois être mieux placé pour connoître parfaitement les vices. Malheureusement j'étois dans un âge où ils ne font guère d'horreur ; et il faut ajouter que la soubrette savoit si bien peindre les dérèglements , que je n'y envisageois que des délices. Elle n'eut pas le temps de m'apprendre seulement la dixième partie des exploits des comédiennes ; car il n'y avoit pas plus de trois heures qu'elle en parloii. Les seigneurs et le comédien se retirèrent avec Florimonde, qu'ils conduisirent chez elle.

Après qu'ils furent sortis, ma maîtresse me dit en me mettant de l'argent entre les mains : Tenez, Gil Blas, voilà dix pistoles pour aller demain matin à la provision. Cinq ou six de nos messieurs et de nos dames doivent dîner ici; ayez soin de nous faire faire bonne chère. Madame , lui répondis -je , avec cette somme, je promets d'apporter de (juoi régaler toute

la troupe même. Mon ami, reprit Arsénié, corrigez, s'il vous plaît, vos expressions : sachez qu'il ne faut point dire la troupe, il faut dire la compagnie. On dit bien une troupe de bandits, une troupe de gueux, une troupe d'auteurs • mais apprenez qu'on doit dire une compagnie de comédiens : les acteurs de Madrid surtout méritent bien qu'on appelle leur corps une compagnie. Je demandai pardon à ma maîtresse de m'être servi d'un terme si peu respectueux; je la suppliai trèshumblement d'excuser mon ignorance. Je lui protestai que dans la suite, quand je parlerois de messieurs les comédiens de Madrid d'une manière collective, je dirois toujours la compagnie '.

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