‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 148 sur 241 · LIVRE IV, CHAP. IV. /)iy · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV. /)iy

((u'il ne se révoltât conti'e la conclition du testament, et ne causât des mouvements dans le royaume; mais la lecture du billet, en rassurant là-dessus les grands et le peuple , excitoit ces acclamations générales qui déchiroient en secret le cœur du monarque.

Constance, qui, par l'intérêt de sa gloire et par un sentiment de tendresse , y prenoil plus de part que personne , choisit ce temps pour 1 assurer de sa reconnoissance. Le prince eut beau vouloir se contraindre ; il reçut le compliment de la princesse avec tant de trouble , il étoit dans un si grand désordre, qu'il ne put même lui répondre ce que la bienséance exigeoit de lui. Enfin, cédant à la violence qu'il se faisoit, il s approcha de Siffredi, que le devoir de sa charge obligeoit de se tenir assez près de sa personne, et lui dit tout bas : Que faites-vous , Léontio ? L'écrit que j'ai mis entre les mains de votre fille n'étoit point destiné pour cet usage. Vous trahissez

Seigneur , interrompit encore Siffredi d'un ton ferme, songez à votre gloire. Si vous refusez de suivre les volontés du roi votre oncle , vous perdez la couronne de Sicile. Il n'eut pas achevé de parlej- ainsi, qu'il s'éloigna du roi , pour l'empêcher de lui répliquer. Enrique demeura dans un embarras extrême; il se sentoit agité de mille mouvements contraires. Il étoit irrité contre Siffredi ; il ne pouvoit se résoudre à quitter Blanche; et, partagé entre elle et lintérêt de sa gloire , il fut assez long-temps incertain du parti qu'il avoit à prendre. Il se détermina pourtant , et crut avoir trouvé le moyen de conserver la fille de Siffredi sans renoncer au trône. Il feignit de vouloir se soumettre aux volontés de Ro-

GIL Br,AS.

ger, se proposant , taudis qu'on solliciteroit à Rome la dispense de son mariage avec sa cousine, de gagner par ses bienfaits les grands du royaume, et d'établir si bien sa puissance, qu'on nepi\t l'obliger à remplir la condition du testament.

Dès qu'il eut formé ce dessein, il devint plus tranquille ; et, se tournant vers Constance, il lui confirma ce que le grand cliancelier avoit lu devant toute l'assemblée. Mais, au moment même quil se trahissoit jusqu'à lui offrir sa foi. Blanche arriva dans la salle du conseil. Elle y venoit , par ordre de son père , rendre ses devoirs à la princesse; et ses oreilles, en enti'ant , furent frappées des paroles d'Enrique. Outre cela Léonlio , ne voulant pas qu'elle piit douter de son malheur , lui dit en la présentant à Constance : Ma fille , rendez vos hommages à votre reine ; souhaitez-lui les douceurs d'un règne florissant et d'un heureux hyménée. Ce coup terrible accabla l'infortunée Blanche. Elle entreprit inutilement de cacher sa douleur ; son visage rougit et pâlit successivement , et tout son corps frissonna. Cependant la princesse n'en eut aucun soupçon; elle attribua le désordre de son compliment à l'embarras d'une jeune personne élevée dans un désert, et peu accoutumées la cour. Il n'en fut pas ainsi du jeune roi : la vue de Blanche lui fit perdre contenance, et le désespoir qu'il remarquoit dans ses yeux le mettoit hors de lui-même. 11 ne doutoit pas que, jugeant sur les apparences, elle ne le crût infidèle. Il auroit eu moins d'inquiétude s'il eût pu lui parler ; mais comment en trouver les moyens, lorsque toute la Sicile,, pour ainsi dire, avoit les yeux sur lui ? D'ailleurs , le cruel Siffredi lui en ôta l'espé-

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