‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 149 sur 241 · LIVRE IV, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV

rance. Ce ministre , qui lisoit dans le cœur de ces deux amants, et vouloit prévenir les malheurs que la violence de leur amour pouvoit causer dans l'état , fit adroitement sortir sa fille de l'assemblée , et reprit avec elle le chemin de Belmonte , résolu, pour plus d'une raison , de la marier au plus tôt.

Lorsqu'ils y furent arrivés, il lui fit connoître toute l'horreur de sa destinée. Il lui déclara qu'il l'avoit promise au connétable. Juste ciel ! s'écria-t-elle , emportée par un mouvement de douleur que la présence de son père ne put réprimer, à quels affreux supplices réserviez-vous la malheureuse Blanche.*' Son transport même fut si violent, que toutes les puissances de son âme en furent suspendues. Son corps se glaça ; et, devenant froide et pâle , elle tomba évanouie entre les bras de son père. Il fut touché de l'état où il la vovoit. Néanmoins, quoiqu'il ressentît vivement ses peines, sa première résolution n'en fut point ébranlée. Blanche reprit enfin ses esprits , plus par le vif ressentiment de sa douleur , que par l'eau que Siffredi lui jeta sur le visage : et, lorsqu'en ouvrant ses yeux languissants elle l'aperçut qui s'empressoit à la secourir : Seigneur, lui dit-elle d'une voix presque éteinte, j'ai honte devons laisser voir ma foiblesse ; mais la mort , qui ne peut tarder à finir mes tourments, va bientôt vous délivrer d'une malheureuse fille qui a pu disposer de son cœur sans votre aveu. Non , ma chère Blanche , répondit Léontio , vous ne mourrez point , et votre vertu reprendra sur vous son empire. La recherche du connétable vous fait

honneur; c'est le parti le plus considérable de l'état

.T'estime sa personne et son mérite, interrompit Blanche; GiL Bi.vs. r. 21

mais , seigneur , le roi ni'avoit fait espérer Ma fille ,

interrompit à son tour Siffredi , je sais tout ce que vous 'pouvez dire là-dessus. Je n'ignore pas votre tendresse pour ce prince, et je ne la dësapprouverois pas dans d'autres conjonctures. Vous me verriez même ardent à vous assurer la main d'Enrique, si l'intérêt de sa gloire et celui de létat ne l'obligeoient pas à la donner à Constance. C'est à la condition seule d'épouser cette princesse que le feu roi l'a désigné son successeur. Voulez-vous qu'il vous préfère à la couronne de Sicile P Croyez que je gémis avec vous du coup mortel qui vous frappe. Cependant, puisque nous ue pouvons aller contre les destinées , faites un effort généreux; il y va de votre gloire de ne pas laisser voir à tout le royaume que vous vous êtes flattée d'une espérance frivole. Votre sensibilité pour le roi donneroit même lieu à des JDruits désavantageux pour vous, et le seul moyen de vous en préserver , c'est d'épouser le connétable. Enfin , Blanche , il n'est plus temps de délibérer. Le roi vous cède pour un trône , il épouse Constance. Le connétable a ma parole ; dégagez-la , je vous en prie ; et s'il est nécessaire, pour vous y résoudre, que je me serve de mon autorité , je vous l'ordonne.

En achevant ces paroles il la quitta pour lui laisser faire ses réflexions sur ce qu'il venoit de lui dire. Il espéroit qu'après avoir pesé les raisons dont il s'étoit servi pour soutenir sa vertu contre le penchant de son cœur, elle se détermineroit d'elle-même à se donner au connétable. Il ne se trompa point : mais combien en coùta-t-il à la triste Blanche pour prendre cette résolution! Elle étoit dans l'état du monde le plus digne

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