‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 174 sur 241 · I.IVRK IV, CH Vr. VII · texte numérisé non relu

I.IVRK IV, CH Vr. VII

Je lois surpris d en voir une modeste en apparence, sans faire réflexion que ces créatures savent se composer et se conformer au caractère des gens riches et des seigneurs qui tombent entre leurs mains. Ces payeurs veulent-ils de lemportement ? elles sont vives et pétulantes. Aiment-ils la retenue? elles se parent d un extérieur sage et vertueux. Ce sont de vrais caméléons, qui changent de couleur suivant Ihunieur et le génie des hommes ((ui les approchent.

Don Gonzale n etoit pas du goût des seigneurs qui demandent des beautés hardies ; il ne pouvoit souffrijcelles-là, et il falloit , pour le piquer, quune femme eût un air de vestale : aussi Eufrasie , se réglant là-dessus, faisoit voir que les bonnes comédiennes n'étoient pis toutes à la comédie. Je laissai mon maître avec sa nynjphe, et je descendis dans une salle, où je trouvai une vieille femme de chambre, que je reconnus pour une soubrette qui avoit été suivante d'une comédienne. De son côté elle ifie remit, et nous fîmes une scène de reconnoissance digne d'être employée dans une pièce de théâtre : Eh ! vous voilà , seigneur Gil Blas ! me dit cette soubrette transportée de joie; vous êtes donc sorti de chez Arsénié, comme moi de cliez Constance ? Oh vrai ment, lui rép'ondis-je, il y a long-temps que je l'ai quittée ; j'ai même servi depuis une fille de condition. La vi<^ des personnes de théâtre n est guère de mon goi'it. Je me suis donné mon congé moi-même, sans daigner avoir le moindre éclaircissement avec Arsénié. Vous avez bien lait, reprit la soubrette, nommée Béatrix. J'en ai usé à peu près de la même manière avec Constance. Ln beau matin je lui rendis mes comptes froidement ; elle les le-

eut sans nie dire une syllabe, et nous nous séparâmes assez cavalièrement.

Je suis ravi , lui dis-je , que nous nous retrouvions dans une maison plus honorable. Dona Eufrasia me paroît une façon de femme de qualité , et je la crois d'un très-bon cai'actère. Vous ne vous trompez pas , me répondit la vieille suivante 5 elle a de la naissance, ce qui se voit assez par ses manières; et pour son humeur, je puis vous assurer qu'il n'y en a point de plus égale ni de plus douce. Elle n'est point de ces maîtresses emportées et difficiles qui trouvent à redire à tout , qui crient sans cesse, tourmentent leurs domestiques, et dont le service, en un mot, est un enfer. Je ne l'ai pas encore entendue gronder une seule fois, tant elle aime la douceur ! Quand il m'arrive de ne pas faire les choses à sa fantaisie, elle me reprend sans colère, et jamais il ne lui échappe de ces épithètes dont les dames violentes sont si libérales. Mon maître, repris- je, est aussi fort doux ; il se familiarise avec moi, et me traite comme son égal plutôt que comme son laquais; en un mot, c'est le meilleur de tous les humains; et sur ce pied-là nous sommes, vous et moi, beaucoup mieux que nous n'étions chez nos comédiennes. Mille fois mieux , repartit Béatrix ; je nienois une vie tumultueuse , au lieu que je vis présentement dans la retraite. Il ne vient pas d'autre homme ici que le seigneur don Gonzale. Je ne verrai que vous dans ma solitude , et j'en suis bien aise. Il y a long-temps que j'ai de l'affection pour vous ; et j'ai plus d'une fois envié le bonheur de Laure de vous avoir pour ami ; mais enfin j'espère que je ne serai pas moins heureuse qu'elle. Si je n'ai pas sa jeunesse et sa

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