‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 176 sur 241 · LIVRE IV, CUAl*. VII. 'Sr · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CUAl*. VII. 'Sr

bonnes nippes, et de plus elle espéroit qu'il ne l'oublieroit pas dans son testament. Je feignis de m'engager volontiers à faire tout ce qu'on attendoit de moi ; et, pour ne rien dissimuler , je doutai , en m'en retournant au logis , si je contribuerois à tromper mon maître, ou si j'entreprendrois de le détacher de sa maîtresse. Ce dernier parti me paroissoit plus honnête que l'autre, et je me sentois plus de penchant à remplir mon devoir qu'à le trahir. D'ailleurs Eufrasie ne m'avoit rien promis de positif, et cela peut-être étoit cause qu'elle n'avoit pas corrompu ma fidélité. Je me résolus donc à servir don Gonzale avec zèle , et je me persuadai que, si j étois assez heureux pour l'arracher à son idole , je serois mieux payé de cette bonne action que des mauvaises que je pourrois faire.

Pour parvenir à la fin que je me proposois, je me montrai tout dévoué au service de dona Eufrasia. Je lui fis accroire que je parlois d'elle incessamment à mon maître; et là-dessus je lui débitois des fables qu'elle prenoit pour argent comptant. Je m'insinuai si bien dans son esprit, qu'elle me crut entièrement dans ses intérêts. Pour mieux lui en imposer encore, j'affectai de paroître amoureux de Béatrix , qui , ravie à son âge de voir un jeune homme à ses trousses , ne se soucioit guère d'être trompée , pourvu que je la trompasse bien '. Lorsque nous étions auprès de nos princesses,

' Saint- Lambei't a placé cette idée dans une chanson sni sa maîtresse :

Dans le sein des faveurs de la beauté que j'aime , Je déteste les traits dont l'amour m'a frappé. .Mon rival, plus heureux, goûte un bonheur suprême; On nous trompe tous deux; mais il est mieux Irumpé.

mon maître et moi , cela faisoit deux tableaux différents dans le même goût. Don Gonzale, sec et pâle comme je lai peint, avoit lair d un agonisant quand il vouloit faire les doux yeux; et mon infante, à mesure que je me montrois plus passionné , prenoit des manières enfantines, et faisoit tout le manège d'une vieille coquette : aussi avoit-elle quarante ans d école pour le moins. Elle s étoit raffinée au service de quelques-unes de ces héroïnes de galanterie, qui savent plaire jusque dans leur vieillesse, et qui meurent chargées des dépouilles de deux ou trois générations.

Je ne me contentois pas d aller tous les soirs avec mon maître chez Eufrasie , j y allois quelquefois tout seul pendant le jour, et je m'attendois toujours à trouver dans cette maison quelque jeune galant caché j mais à quelque heure que j'y entrasse, je n y rencontrois jamais d homme , pas même de femme d'un air équivoque. Je n y découvrois pas la moindre trace d'infidélité; ce qui ne m étonnoit pas peu; car, quoique Béatrix m'eût assuré que sa maîtresse ne recevoit aucune visite masculine, je ne pouvois penser qu une si jolie dame fût exactement fidèle à don Gonzale. En quoi certes je ne faisois pas un jugement téméraire ; et lahelle Eufrasie , comme vous le verrez bientôt , pour attendre plus patiemment la succession de mon maître, s'étoit pourvue d un amant plus convenable à une femme de son âge.

Un matin, je portois à mon ordinaire un billet doux à la princesse. J aperçus, tandis que j'étois dans sa chambre, les pieds d'un homme caché derrière une tapisserie. Je me gardai bien de faire connoître que je les

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