‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 189 sur 241 · LIVRE IV, CHAP. XI. ^l · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. XI. ^l

dence , renchaîneraent des causes secondes ne soit tel quelquefois qu'il nous arrive de mauvaises aventures. N'importe , nous en trouvons les bonnes meilleures. Nous sommes accoutumés à la variété des temps, aux alternatives de la fortune.

Seigneur cavalier, poursuivit le faux ermite en parlant à don Alphonse, nous vous faisons la même proposition , et je ne crois pas que vous deviez la rejeter dans la situation où vous paroissez être ; car , sans parler de laffaire qui vous oblige à vous cacher , vous n'avez pas sans doute beaucoup d'argent ? Non , vraiment, dit don Alphonse ; et cela , je l'avoue, augmente mes chagrins. Eh bien ! reprit don Raphaël , ne nous quittez donc point. ^ ous ne sauriez mieux faire que de vous joindre à nous. Rien ne vous manquera , et nous rendrons inutiles toutes les recherches de vos ennemis. Nous connoissons presque toute TEspagne, pour lavoir parcourue. Nous savons où sont les bois, les montagnes, tous les endroits propres à servir d'asile contre les brutalités de la justice. Don Alphonse les remercia de leur bonne volonté; et, se trouvant effectivement sans argent, sans ressource, il se résolut à les accompagner. Je m'y déterminai aussi, parce que je ne voulus point quitter ce jeune homme, pour qui je me sentis naître beaucoup d'inclination.

Nous convînmes tous quatre daller ensemble, et de ne nous point séparer. Cela étant arrêté entre nous, il fut rais en délibération si nous partirions à l'heure même , ou si nous donnerions auparavant quelque atteinte à une outre ' pleine d'un excellent vin , que le

' L'outre est une peau de bouc cousue et préparée , dans laquelle les

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frère Antoine avoit apportée de la ville de Guença le jour précédent; mais Raphaël, comme celui qui avoit le plus d'expérience , représenta qu'il falloit , avant toutes choses , penseï- à notre siireté ; qu'il étoit d'avis que nous marchassions toute la nuit pour gagner un bois fort épais qui étoit entre Villardesa et Almodabar ; que nous ferions halte en cet endroit, où, nous voyant sans inquiétude, nous passerions la journée à nous reposer. Cet avis fut approuvé. Alors les faux ermites firent deux paquets de toutes les hardes et provisions qu'ils avoient, et les mirent en équilibre sur le cheval de don Alphonse. Cela se fît avec une extrême diligence , après quoi nous nous éloignâmes de l'ermitage, laissant en proie à la justice les deux robes d'ermite, avec la barbe blanche et la barbe rousse, deux grabats, une table, un mauvais coffre, deux vieilles chaises de paille et limage de saint Pacome.

Nous marchâmes toute la nuit , et nous commencions à nous sentir fort fatigués, lorsqu'à la pointe du jour nous aperciimes le bois où tendoient nos pas. La vue du port donne une vigueur nouvelle aux matelots lassés d'une longue navigation. Nous prîmes courage, et nous arrivâmes enfin au bout de notre carrière avant le lever du soleil. Nous nous enfonçâmes dans le plus épais du bois, et nous nous arrêtâmes dans un endroit fort agréable , sur un gazon entoui'é de plusieurs gros

Espagnols mettent communément du vin oa des liqueurs, à l'exemple des anciens. Dans les Métamorphoses , on VAne d'Apulée, il y a un combat plaisant contre trois outres enchantées que Ton prend pour des hommes. Ils sont tués. Le meurtrier, poursuivi criminellement, est reconnu enfin coupable de trois outricides.

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