MVIIE IV, CHAP. XI
chênes , dont les branches entrelacées formoient uqe voi\te que la chaleur du jour ne pouvolt percer. Nous débridâmes le cheval pour le laisser paître, après l'avoir déchargé. Nous nous assîmes ; nous tirâmes de la besace du frère Antoine quelques grosses pièces de pain avec plusieurs morceaux de viandes rôties, et nous nous mîmes à nous en escrimer comme à l'envi l'un de l'autre. Néanmoins , quelque appétit que nous eussions , nous cessions souvent de manger pour donner des accolades à l'outre, qui ne faisoit que passer des bras de l'un entre les bras de l autre.
Sur la fin du repas, don Raphaël dit à don Alphonse : Seigneur cavalier , après la confidence que vous m'avez faite, il est juste que je vous raconte aussi l'histoire de ma vie avec la même sincérité. \ous me ferez plaisir, répondit le jeune homme. Et à moi particulièrement, m'écriai -je. J'ai une extrême curiosité d'entendre vos aventures; je ne doute pas qu'elles ne soient dignes d'être écoutées. Je vous en réponds , répliqua Raphaël ; et je prétends bien les écrire un jour. Ce sera l'amusement de ma vieillesse ; car je suis encore jeune , et je veux grossir le volume. Mais nous sommes fatigués ; délassonsnous par quelques heures de sommeil. Pendant que nous dormirons tous trois , Ambroise veillera de peur de surprise, et tantôt à son tour il dormira. Quoique nous soyons, ce me semble, ici fort en sûreté, il est toujours bon de se tenir sur ses gardes. En achevant ces mots, il s'étendit sur l'herbe. Don Alphonse fit la même chose. Je suivis leur exemple ; et Lamela se mit en sentinelle.
Don Alphonse , au lieu de prendre quelque repos , GiL Blas. I. 37
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spccupa de ses malheurs, et je ne pus fermer l'œil. Pour don Raphaël , il s'endormit bientôt. Mais il se réveilla ime heure après ; et, nous voyant disposés à l'écouter, il dit à Lamela : Mon ami Ambroise, tu peux présentement goûter la douceur du sommeil. Non, non, répondit Lamela, je n'ai point envie de dormir; et, bien que je sache tous les événements de votre vie, ils sont si instructifs pour les personnes de notre profession ', que je serai bien aise de les entendre encore raconter. Aussitôt don Raphaël commença dans ces termes l'histoire de sa vie.
' Ambroise, par ces mots, caractérise bien d'avance l'histoire singulière qui remplira le livre v, et qui est selon lui instructive.... pour les fripons. C'est un des morceaux de Gil Blas les plus piquants, à double titre, par la variété des tableaux qu'il présente et la rapidité de la narration. Le vice s'y montre dépeint d'une touche légère ; mais sa franchise audacieuse inspire elle-même au lecteur bien des réflexions. La murale directe ne seroit pas si amasanfe . ni peut-être si efficace.
j'iN n« livrï: QUATRn:Mr:.