‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 67 sur 241 · LIVRE ir, CHAP. T · texte numérisé non relu

LIVRE ir, CHAP. T

écurie où l'on a fait la litière aux chevaux. Nous aurions pu y demeurer long-temps , et n'en sortir que pour aller aux galères, si dès le lendemain leïseigneur Manuel Ordonnez n'eût entendu parler de notre affaire , et résolu de tirer Fabrice de prison ' ; ce qu'il ne pouvoit faire sans nous délivrer tous avec lui. Cétoit un homme fort estimé dans la ville : il n'épargna poinr. les sollicitations; et , tant par son crédit que par celui de ses amis, il obtint, au bout de trois jours, notre élargissemeiïH Mais nous ne sortîmes point de ce lieu-là comme nous y étions entrés : le flambeau , le collier , les pendants , ma bague et le rubis , tout y resta. Cela me fit souvenir de ces vers de Virgile qui commencent par Sic vos non 'vohis.

D'abord que nous fûmes en liberté , nous retournâmes chez nos maîtres. Le docteur San^rado me reçut bien : Mon pauvre Gil Blas , me dit-il , je n'ai su que ce matin ta disgrâce. Je me préparois à solliciter fortement pour toi. Il faut te consoler de cet accident , mon ami , et t'attacher plus que jamais à la médecine. Je répondis que j'étois dans ce dessein ; et véritablement je m'y donnai tout entier. Bien loin de manquer d'occupation, il an^va, comme mon maître lavoit si heureusement prédit , qu'il y eut bien des maladies. La petite-vérole et des fièvres malignes commencèrent à régner dans la ville et dans les faubourgs. Tous les médecins de Valladolid eurent de la pratique, et nous particulièrement. Il ne se passoit point de jour que nous ne vissions chacun huit ou dix malades ; ce

' Nous revenons Fabrice, le cher Pylade de Gil Blas, dans la »uite de crue histoire, livre vri , chapilte xm.

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qui suppose bien de l'eau bue et du sang répandu. Mais je ne sais comment cela se faisoit , ils mouroient tous , soit que nous les traitassions fort mal , soit que leurs maladies fussent incurables. Nous faisions rarement trois visites à un même malade : dès la seconde , ou nous apprenions qu'il venoit d'être enterré, ou nous le trouvions à l'agonie. Gomme je n'étois qu'un jeune médecin qui n'avoit pas encore eu le temps de s'endurcir au meurtre , je m'affligeois des événements funestes qu'on pouvoit m'imputer. Monsieur , dis-je un soir au docteur Sangrado , j'atteste ici le ciel que je suis exactement votre méthode j cependant tous mesmalades vont en l'autre monde : on diroit qu'ils prennent plaisir à mourir poui" décréditer notre médecine. J'en ai rencontré aujourd'hui tleux qu'on portoit en terre. Mon enfant, me répondit-il , je pourrois te dire à peu près la même chose ; je n'ai pas souvent la satisfaction de guérir les personnes qui tombent entre mes mains ; et , si je n'étois pas aussi sûr de mes principes que je le suis , je croirois mes remèdes contraires à presque toutes les maladies que je traite. Si vous m'en voulez croire, monsieur, repris-je , nous changerons de pratique. Doimons par curiosité des préparations chimiques à nos malades : essayons le kermès : le pis qu'il en puisse arriver , c'est qu'il produise le même effet que notre eau chaude et nos saignées. Je ferois volontiers cet essai , répliqua-t-il , si cela ne tiroit point à conséquence; mais j'ai publié un livre où je vante la fréquente saignée et l'usage de la boisson ' : veux - tu

' A ce trait on ne peut méconnoitre le médecin Philippe Hecquet, qui étoit en effet l'auteur d'un livre intitulé f'ertus de l'eau commune,

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