‹ uvres de A. René La Sage, ornées de gravuresChapitre 80 sur 241 · LIVRE II, CH.4.P. VII. lyg · texte numérisé non relu

LIVRE II, CH.4.P. VII. lyg

nuit avec impatience; et, quand je jugeai que le docteur Oloroso reposoit, je me rendis à sa porte. Là je me mis à faire des miaulements qu'on devoit entendre de loin , et qui sans doute faisoient honneur au maître qui m'avoit enseigné un si bel art. Un moment après, iMergelina vint elle-même ouvrir doucement la porte, et la referma dès que je fus dans la maison. Nous gagnâmes la salle où notre dernier concert avoit été fait, et qu'une petite lampe, qui bridoit dans la cheminée, éclairoit foibleluent. iSoas nous assîmes à côté 1 un de lautre pour nous entretenir, tous deux fort émus, avec cette différence que le plaisir seul causoit toute son émotion, et qu'il entroit un peu de frayeur dans la mienne. 3Ia dame m'assuroit vainement que nous n'avions rien à craindre de la part de son mari; je sentois un frisson qui troubloit ma joie. Madame, lui dis-je, comment avez-vous pu tromper la vigilance de votre gouvernante ? après ce que j ai ouï dire de la dame Melancia, je ne croyois pas qu il vous fut possible de trouver les moyens de me donner de vos nouvelles , encore moins de me voir en particulier. Dona Mergelina sourit à ce discours, et me répondit : Vous cesserez d être surpris de la secrète entrevue que nous avons cette nuit ensemble, lorsque je vous aurai conté ce qui s'est passé entre ma duègue et moi. Lorsqu'elle entra dans cette maison , mon mari lui fit mille caresses, et me dit : Mergelina, je vous abandonne a la conduite de cette discrète dame, qui est un précis de toutes les vertus; c'est un miroir que vous aurez incessamment devant les yeux pour vous former à la sagesse. Cette admirable personne a gouverné pendant douze années la femme d'un apothicaire de mes amis;

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mais gouverné.... comme on ne gouverne point j elle en a fait une espèce de sainte.

Cet éloge, que la mine sévère de la dame Melancia ne démentoit point, me coûta bien des pleurs et me mit an désespoir. Je me représentai les leçons qu'il me faudroit écouter depuis le matin jusqu'au soir, et les réprimandes que j'aurois à essuyer tous les jours. Enfin, je m'attendois à devenir la femme du monde la plus malheureuse. Ne ménageant rien dans une si cruelle attente, je dis d'un air brusque à la duègne , d'abord que je me vis seule avec elle : Vous vous préparez sans doute à me bien faire souffrir; mais je ne suis pas fort patiente, je vous en avertis. Je vous donnerai de mon côté toutes les mortifications possibles. Je vous déclare que j'ai dans le cœur une passion que vos remontrances n'en arracheront pas : vous pouvez prendre vos mesures là-dessus. Redoublez vos soins vigilants, je vous avoue que je n'épargnerai rien pour les tromper. A ces mots-la duègne renfrognée (je crus qu'elle m'alloit bien haranguer pour son coup d'essai) se dérida le front, et me dit d'un air riant : Vous êtes d'une humeur qui me charme, et votre franchise excite la mienne. Je vois que nous sommes faites l'une pour l'autre. Ah! belle Mergelina, que vous me connoissez mal, si vous jugez de moi par le bien que le docteur votre époux vous en a dit, ou sur ma vue rébarbative! Je ne suis rien moins qu'une ennemie des plaisirs, et je ne me rends ministre de la jalousie des maris que pour servir les jolies femmes. H y a longtemps que je possède le grand art de me masquer; et je puis dire que je suis doublement heureuse, puisque je jouis tout ensemble de la commodité

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