LES ROIS
Nos robes vont traînant sur des fronts prosternés. Au rythme lent des grands encensoirs qu'on balance, Sous des coupoles d'or nous rêvons en silence. Des tigres allongés gardent notre indolence. Tout tremble, et nous régnons, graves et couronnés.
Au fond de nos palais de jaspe et de porphyre Nous avons des milliers d'esclaves à genoux,
Que nous faisons mourir d'un geste, sans courroux, Pour plaire à des enfants dont les yeux nous sont doux Et qui se couchent, nus, avec un long sourire.
L'œil de notre terreur est ouvert en tout lieu. La hache des bourreaux s'use aux têtes coupées; Et sur les nations de vertige frappées, Terribles, nous brillons ainsi que des épées Qu'au fond des cieux cruels tiendrait la main d'un dieu