‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 115 sur 221 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

PERILLO, seul, entrant.

Personne ici ! Il me semblait avoir entendu parler dans cette chambre. Les clefs sont aux portes, la maison est déserte. D'où vient cela? En traversant la cour, un pressentiment m'a saisi... Rien ne ressemble tant au malheur que la solitude... Mainte- , nant j'ose à peine avancer. — Hélas ! je revienç de si loin, seul et presque au hasard; j'avais écrit pourtant, mais je vois bien qu'on ne m'attendait pas. Depuis combien d'années ai -je quitté ce pays? Six ans! Me reconnaîtra- t-elle? Juste ciel! comme le cœur me bat ! Dans cette maison de notre enfance, à chaque pas un souvenir m'arrête. Cette salle^ ces

ACTB I, SCÈNE III. 42$

meubles, les murailles même, tout m'est si connu, tout m'était si cher! D'où vient que.féprouvfeàcet aspect un charme plein d'inquiétude qui me ravit et me fait trembler ? Voilà la, porte du jardin , et celle-ci!... J'ai feit bien du chemin pour venir y frapper ; à présent j'hésite sur le seuil; Hélas ! là est ma destinée ; là est le but de toute ma vie, le prix de mon travail, ma suprême espérance ! Comment va-t-elle me recevoir? Que dira-t-elle? Suis- je oublié? Suis-je dans sa pensée?. Ah! voilà pourquoi je frissonne... Tout est dans ces deux mots^ l'ampur ou l'oubli !... Eh bien ! quoi? Elle est là sans doute* le la verrai , elle me tendra la main : n'est-elle pas ma fiancée? n'ai- je pas la promesse de son père? n'est-ce pas sur cette promesse que je suis parti? n'ai-je pas rempli toutes les miennes? Serait-il possible?... Non, mes doutes sont injustes ; elle ne peut 4tre infidèle au passé. L'honneur est dans son noble cœur, comme la beauté sur son visage, aussi pur que la clarté descieux. Qui sait? elle m'attend peut être; et tout à l'heure... O Carmosine!

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