‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 117 sur 221 · PERI · texte numérisé non relu

PERI

Vos paroles me font frémir. Quoi ! sa Tie est-elle ^n danger ?

MAITRE BERNARD

Veux-tu me faire mourir moi-même, à te répéter cent fois que je l'ignore ? Elle est malade, Perillo, bien malade.

* PERILLO

Se pourrait-il qu'un homme aussi habile, aussi expérimenté que vous?...

Oui, expérimenté, habile! Voilà justement ce qu'ils disent tous, Ne croirait-on pas que j'ai dans ma boutique la panacée universelle, et que la mort n'ose pas entrer dan» la maison d'un médecin ? Je ne m'en suis pas fié à moi seul ; j'ai appelé à mon aide tout ce que je connais, tout ce que j'ai pu trouver au monde de docteurs, d'érudits, d'empiriques même, et nous avons dix fois consulté. Habileté de rêveurs, expérience de routine ! La nature, Perillo, qui mine et détruit, quand elle veut se cacher, est impénétrable. Qu'on nous montre une plaie, une blessure ouverte, une fièvre ardente, nous voilà savants. Nous avons vu cent fois pareille chose, et l'habitude indique le remède ; mais quand la cause du mal ne se découvre point, lorsque la main, les yeux, les battements du cœur, l'enveloppe humaine tout entière est vainement

interrogée; lorsqu'une, jeune fille de dix^huit ans, belle comme un soleil et fraîche comme une fleur, pâlit tout à coup et chancelle, puis, quand on lui demande c& qu'elle souffre, répond seulement : « Je me meurs... » Antoine, combien de fois j'ai cherché d'un œil avide le secret de sa souffrance dans sa souffrance même ! Rien ne me répondait, pas un signe, pas un indice clair, et visible; rien devant moi que la douleur muette, car la pauvre enfant ne se plaint jamais ; et moi, le cœur brisé de tristesse, plein de mon inutilité, je regarde les rayons poudreux où sont entassés depuis des années les misérables produits de la science. Peut-être, me dis-je, y a-t-ir là dedans un remède qui la sauverait, une goutte de cordial, une plante salutaire ; mais laquelle ? Comment deviner ?

PERILLO, àparl.

Mes pressentiments étaient donc fondés; je suis venu pour trouver cela.

Hauu

Ce que vous me dites, monsieur, est horrible. Me seràit-il permis de voir Carmosine ?

MAITRE BERNARD

Sans doute, quand elle s'éveillera ; mais elle est bien faible, Perillo. Peut-être nous faudra-t-il d'abord la préparer à ta venue, car la moindre émotion la fatigue beaucoup et suffît quelquefois pour la priver de ses sens. Elle t'a aimé, elle t'aime encore,- tu devais l'épouser,... tu me comprends.

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