‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 139 sur 221 · ACTE II, SCÈNE IIJ · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIJ

MINUCCIO

Oui, mais autour de ce lieu fertile, je dis qu'il n'y a...

Tu es un badin. Je souhaitais d'avoir ces terres, non pour le bien qu'elles rapportent, mais seulement pour m'arrondir ; cela m'encadrait singulièrement. Le roi, à qui elles appartiennent, se refusait à me les céder, se réservant, à ce qu'il prétendait, de m'en faire don le jour de mes noces. L'intention était galante. Hier, sur un avis que je reçus de cette bonne dame Pâque...

PERILLO

Se pourrait-il?...

Vous la connaissez? Ce sont de petites gens, mais de bonnes gens, chez qui je vais le soir me débrider l'esprit, et me débotter l'imaginatioD-. La fille a de beaux yeux, c'est vous en dire assez ; car si ce n'était cela...

Et la dot ?

Eh bien ! oui, si tu veux, la dot. Ces gens de peu, cela amasse, mais ce n'est point de quoi je me soucie. Il suffit que l'enfant me plaise ; j'en avais touché un mot à la mère, et la bonne femme s'était prosternée. Hier donc, on m'invite à souper, et je m'attendais à une affaire conclue... Devines -tu maintenant, beau trouvère?

2^4 C A RM os I NE.

MINUCCIO

Un peu moins qu'avant de vous entendre.

Ce bouffon-là goguenarde toujours. Eh, mordieu ! au lieu d'un festin et d'une joyeuse fiancée, voilà des visages en pleurs, une créature à demi pâmée, et on me régale d'un écrit...

MINUCCIO, baSf à Vespasiano,

Taisez-vous, pour l'amour de Dieu !

Pourquoi donc en faire mystère, quand la fillettç elle-même m'a dit qu'elle n'en fait point ? Quelle épître, bon Dieu ! quelle lettre ! quatre pages de lamentations...

Vous oubliez que j'étais là, et que^j'en sais autant que vous.

Mais non, pas du tout, c'est que tu ne sais rien, car tout le piquant de l'affaire, c'est que j'avais annoncé mon mariage au roi.

MINUCCIO

Et vous comptiez sur Ceffalù ?

Et Calatabellotte, cela va sans dire. A présent, que vais-je répondre, quand le roi, rentrant au palais, va me crier d'abord du haut de son destrier : <( Eh bien ! chevalier Vespasiano, où en êtes-vous de vos épousailles ? » Cela est fort embarrassant. Tu me diras qu'en fin de compte la belle ne saurait

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