ACTE 11^ SCÈNE V
PERILLO
J'ai étudié pour être avocat, mais aujourd'hui j'ai d'autres pensées.
LE ROI
D'où vient cela?
PERILLO
Je suis Sicilien, et Votre Majesté disait tout à l'heure...
LE ROI
L'homme de loi sert son pays tout aussi bien que l'homme d'épée. Tu veux me flatter. — Ce n'est pas là ta raison.
PERILLO
Que Votre Majesté me pardonne...
LE ROI
Allons, voyons ! parle franchement. Tu as perdu au jeu, ou ta maîtresse est morte.
PERILLO
Non, Sire, non, vous ^ous trompez.
LE ROI
Je veux connaître le motif qui t'amène.
LA REINE
Mais, Sire, s'il ne veut pas le dire?
PERILLO
Madame, si j'avais un secret, je voudrais qu'il fut à moi seul, et qu'il valût la peine de vous être dit.
LA REINE
S'il ne t'appartient pas, garde-le. — Ce n'est pas la moins rare espèce de courage.
LE ROI
Fort bien. — Sais-tu monter à cheval?
PERILLO
J'apprendrai, Sire.
«E ROI
Tu t'imagines cela? Voilà de mes- cavaliers en herbe, qui s'embarqueraient pour la Palestine, et qu'un coup de lance jette à bas, comme ce pauvre Vespasiano !
LA REINE
Mais, Sire, est-ce donc si difficile? Il me semble que moi, qui ne suis qu'une femme, j'ai appris en fort peu de temps, et je ne craindrais pas votre cheval de bataille.
LE ROI
En vérité !
A Peritto.
Comment t'appelles-tu?
PERILLO
Perillo, Sire.
LE ROI
Eh bien ! Perillo, en venant ici, tu as trouvé ton étoile. Tu vois que la reine te protège. — Remercie-la et vends ton bonnet, afin de t'acheter un casque.
Ptrillo s'agenouille de nouveau devant la reine, qui lui donne sa main à baiser.