‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 158 sur 221 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CARMOSINE, assise sur le banc,

prés d'elle PERILLO et MAITRE BERNARD,

MINUCCIO, assis sur le bord de la fontaine^

sa guitare à la main.

« Va dire, Amour, ce qui cause ma peine.., »

Que cette chanson me plaît, mon cher Minuccio !

MINUCCIO

Voulez -vous que je la recommence? Nous sommes à vos ordres, moi et mon bâton.

// montre le manche de sa guitare.

Ne te montre pas si complaisant, car je te la ferais répéter cent fois, et je voudrais l'entendre encore, et toujours, jusqu'à ce que mon attention et ma force fussent épuisées, et que je pusse mourir en y rêvant! — Comment la trouvds-tu, Perillo?

PERILLO

Charmante, quand c'est vous qui la dites.

MAITRE BERNARD

Je trouve cela trop sombre. Je ne sais ce que c'est qu'une chanson lugubre. Il me semble qu'en général on ne chante pas à moins d'être gai; moi , du moins, quand cela m'arrive. . . mais celanem'arrive plus.

CÂRMOSINE.

Pourquoi donc, et que reprochez- vous à cette romance de notre ami? Elle n'est pas bouffonne, il est vrai , comme un refrain de table ; mais qu'importe? Ne saurait-on plaire autrement? Elle parle d'amour; mais ne savez -vous pas que c'est une fiction obligée, et qu'on ne saurait être poète sans faire semblant d'être amoureux? Elle parle aussi de douleurs et de regrets , mais n'est-il pas aussi convenu que les amoureux en vers sont toujours les plus heureuses gens du monde, ou les plus désolés? « Va dire. Amour, ce qui cause ma peine.,. » Comment dit-elle donc ensuite?

MAITRE BERNARD

Rien de bon ! je n'aime point cela.

C'est une romance espagnole; et notre roi don Pèdrc l'aime beaucoup; n'est-ce pas,Minuccio?

MINUCCIO

Il me l'a dit, et la reine aussi l'a fort approuvée.

MAITRE BERNAnD,

Grand bien leur fasse! Un air d'enterrement!

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