ACTE III, SCÈNE VIII
LA REINE
Remettez-vous, ma belle, calmez- vous. Ai-jc rien dit qui vous effraie?
GARMOSINE.
Ce n'est pas de la frayeur que je ressens. O mon Dieu! vous ici! la reine! Comment avez -vous pu savoir?... Minuccio m'a trahie sans doute... Comment pouvez-vous jeter les yeux sur moi?... Vous me tendez la main, madame ! Ne me croyez-vous pas insensé^?... Moi, la fille de maître Bernard, avoir osé élever mes regards!.. . Ne voyez -vous pas que jna démence est un crime, et que vous devez m'en punir?... Ah! sans nul doute, vous le voyez; mais vous avez pitié d'une infortunée dont la raison est égarée, et vous ne voulez pas que cette pauvre folle soit plongée au fond d'un cachot, ou livrée à la risée publique!
LA REINE
A quoi songez-vous, juste ciel !
Ah! je mériterais d'être ainsi traitée, si je m'étais abusée un moment , si mon amour avait été autre chose qu'une souffrance ! Dieu m'est témoin , Dieu qui voit tout, qu'à l'instant même où j'ai aimé, je me suis souvenue qu'il était le roi. Dieu sait aussi que j'ai tout essayé pour me sauver de ma faiblesse, et pour chasser de ma mémoire ce qui m'est plus cher que ma vie. Hélas ! madame, vous le savez sans doute, que personne ici-bas ne répond de son cœur, et qu'on ne choisit pas ce qu'on aime. Mais croyez-
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moi j je vous en supplie ! puisque vous connaissez mon secret , connaissez - le du moins tout entier. Croyez, madame, et soyez convaincue, je vous le demande les mains jointes, croyez qu'il n'est entré dans mon âme ni espoir, ni orgueil, ni la moindre illusion. C'est malgré mes efforts, malgré ma raison , malgré mon orgueil même, que j'ai été impitoyablement, misérablement accablée par une puissance invincible , qui a fait de moi son jouet et sa victime. Personne n'a compté mes nuits , personne n'a vu toutes mes larmes, pas même mon père. Ah! je ne croyais pas que j'en viendrais jamais à en parler moi-même. J'ai souhaité, il est vrai, quand j'ai senti la mort, de ne point partir sans un adieu ; je n'ai pas eu la force d'emporter dans la tombe ce secret qui me dévorait. Ce secret ! c'était ma vie elle-même, et je la lui ai envoyée. Voilà mon histoire, madame ; je voulais qu'il la sût, et mourir.
LA REINE
Eh bien ! mon enfant, il la sait, car c'est lui qui me l'a racontée. Minuccio ne vous a point trahie.
Quoi! madame, c'est le roi lui-même...
LA REINE
Qui m'a tout dit. Votre reconnaissance allait beaucoup trop loin pour moi. C'est le roi qui veut que vous repreniez courage, que vous guérissiez, que vous soyez heureuse. Je ne vous demandais, moi, qu'un peu d'amitié.