SCÈNE III. J
cela pour toute une journée chez la princesse, il m'a semblé quelquefois que madame était triste.
STEINBERO.
Est-ce là tout ?
CALABRE
Je n'en sais pas plus long, mais je vous avoue...
Quoi?
CALABRE
Rien, monsieur, je n'ai rien à dire.
STEINBERG
Parlerez-vous, quand je l'ordonne?
CALABRE
Eh bien ! monsieur, à vous dire vrai, cela me fait de la peine. Elle vous aime tant I
STEINBERG
Elle m'aime tant !
CALABRE
Oh ! oui, monsieur, presque autant que je vous aime. Si vous saviez, quand vous n'êtes pas là, que de questions elle me fait, et que de petits cadeaux de temps en temps, pour tâcher de savoir ce que vous dites, ce que vous pensez au fond du cœur, si vous l'aimez toujours, si vous lui êtes fidèle... Vous m'accusez d'être bavard... Eh bien! monsieur, demandez-lui comment je parle de mon maître, et si jamais la moindre indiscrétion... Voilà pourquoi j'ose dire que cela me fait de la peine, quand je sais qu'elle en a, oui, monsieur, et quand
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elle pleure... Mais enfin, puisque vous allez l'épouser...
STBINBERG.
Calabre ! mon pauvre vieux Calabre !
CALABRE
Plaît-il, monsieur ?
STEINBERG
Ce mariage...
CALABRE
Eh bien?
STEINBERG
Eh bien ! je sais que je suis engagé. Je n'ai pas réfléchi, je n'ai pas voulu me donner le temps de réfléchir, je me suis laissé entraîner, ou, pour mieux dire, je me suis trompé moi-même. J'ai cédé, je me suis aveuglé, je me suis étourdi àe ma passion pour elle.
CALABRE
Pardonnez-moi encore, monsieur, mais...
STEINBERG, se levant.
Écoute-moi. Bettine est charmante; avec son talent, sa brillante renommée, au milieu de tous les plaisirs, de toutes les séductions qui entourent et assiègent une actrice à la mode, elle a su vivre de telle sorte que la calomnie elle-même n'a jamais osé approcher d'elle, et l'honnêteté de son cœur est aussi visible que la pure clarté de ses yeux. Assurément, si rien ne s'y opposait, personne plus qu'elle ne serait capable de faire le bonheur d'un mari ; mais...