‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 195 sur 221 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

. STEINBËRG.

Ce n'est pas possible. Lui avez-vous répété?...

CALABRE

Tout ce que monsieur m'avait ordonné. J'ai même trouvé une excuse pour justifier l'absence de monsieur.

STEINBBRG.

Quelle excuse as- tu trouvée?

CALABRE

Monsieur, j'ai dit que vous aviez joué.

STEINBERG

Comment, malheureux ! Et qu'en savais-tu ?

CALABRE

Voilà encore que j'ai eu tort! Je n'avais pas d'autre ressource, monsieur; vous me l'aviez dit ce matin, et j'ai eu bien soin .d'ajouter que c'était peu de chose.

STEINBERG

Oui , peu de chose ! C'était peu ce matin , mais maintenant.,. Mort et furies ! c'est une maison de feu, c'est un enfer que ce palais !

CALABRE

Vous avez encore joué, monsieur? Hélas! je vous l'avais bien dit.

STEINBERG

Ta me l'avais bien dit, animal ! Répète-le donc encore une fois ! Y a-t-il au monde une phrase plus sotte et plus inepte que celle-là ? Et dès qu'il vous arrive malheur, elle est dans la bouche de tout le monde. Mon cheval trébuche en sautant un fossé ,

j63 BETTINE.

je tombe, je me casse la jambe : « Nous Tavions bien dit ! »> s'écrient ceux qui vous relèvent. Que' doux effort de l'amitié !

CALABRE

Monsieur, j'ai déjà essayé de prendre la liberté de vous dire que si mes petites économies...

STEINBERG

Eh, morbleu! tes économies, que diantre veux-tu que j'en fasse ?

CALABRE

J'ai quinze mille francs à moi, monsieur. Il me semble...

STEIKBERG.

Quinze mille francs! La belle avance! Écoutemoi ; mais sur ta vie, garde pour toi ce que je vais te dire. Il faut que je parte.

CALABRE

Vous, monsieur! Est-ce bien possible?

STEINBERG

Je n'ai pas autre chose à faire. Cet argent perdu, je ne l'ai pas ; il faut que je le trouve, et pour le trouver, il faut que j'aille à Rome ou à Naples. Je connais là quelques banquiers. Je partirai secrètement, je trouverai un prétexte.

CALABRE

Et madame, monsieur, madame? Elle en mourra.

STEINBERG

Elle en souffrira. Crois-tu donc que je ne souffre pas moi-même? C'est avec le désespoir dans l'âme que je m'éloigne de ces lieux ; mais, je le répète, il

SCÈNB X. i6t

faut que je parte. . . ou que je me donne la mort. Ainsi, que veux- tu? Va dans ma chambre, appelle Pietro et Giovanni , prépare tout... et pas un mot de trop. Tu enverras ensuite à la poste demander des chevaux pour ce soir,

CALABRE

£t VOUS ne voulez pas de mes quinze m jlle.francs, monsieur?

Quinze mille francs ! Il m'en faut cent mille ! SCÈffE X,

Les Précédbmts, BETTINE.

BETTINE

Cent mille francs , Steinberg ! Il vouç faut cent mille francs ?

STEINBERG

Qui dit cela, ma chère Bettine?

// lui baise la main.

Comment vous portez-vous ce matin ? Vous êtes fraîche comme une rose.

BETTINE

• Il ne s'agit pas de mol, mais de vous. Parlez franchement. Vous avez joué ?

STEINBERG

Vous avez mal entendu, ma chère.

BETTINE

Mal entendu? Est-ce vrai, Calabre?

dbyGoogk

}tfa BETTINB.

CALABRB.

Moi, madame! je ne sais pas...

STBINBERC.

Allez à votre besogne, Calabre. Pour aujourd'hui, c'est assez bavarder.

CALABRE, âpart, en sortant.

Bon! encore une gourmade en passant! Mon Dieu ! tout cela va de mal en pis.

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