‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 196 sur 221 · SCENE XL · texte numérisé non relu

SCENE XL

STEINBERG, BETTINB.

BETTINB.

Vous n'êtes pas sincère, mon ami.

STEINBERG

Je vous dis que vous vous méprenez. Cette somme dont je parlais, c'était dans l'idée d'un changement, d'une fantaisie.

BETTINE

P'un changement?

STEINBERG

Oui, à propos d'une terre, d'une terre assez belle avec un palais, qui est à vendre, qui est pour rien^ et que vous trouveriez peut-être à votre goût. Nous en causerons plus tard, s'il vous plaît. J'ai quelques ordres à donner.

BETTINE

Steinberg, vous n'êtes pas sincère.

SCéNB XI. 36]

STEINBERG. x

Pourquoi me dites-vous cela?

BETTINE

Parce que je le vois.

^STEINBERG

Que puis-je vous dire, du moment que vous ne me croyez pas ?

BETTINE

Vous pouvez me dire pourquoi, lorsque je vous ai vu venir de loin dans le jardin, vous étiez pâle, pourquoi vous parliez tout seul, pourquoi vous avez pris l'allée pour nous éviter.

STEINBERG

J'ai pris l'allée couverte, parce que je ne me souciais pas de vous rencontrer dans la compagnie où je vous voyais.

BETTINE

Comment ! Stéfani ! Vous ne le connaissez pas ! C'est un ancien ami. Quel motif pourriez-vous avoir?...

STEINBERG

Je n'aime pas les méchants propos. Je ne puis pas toujours m'empêçher d'en entendre ; mais je ne les répète jamais.

Des propos, sur quoi? Sur mon compte et sur celui de ce bon marquis? — Ah ! cela n'est pas sérieux... Mais, maintenant je me rappelle,... vous

j6^ BETTINE.

l'avez vu chez moi, à Florence... Est-ce là qu'on tenait des propos?

8TEINBERG.

Peut-être bien.

BETTINE

Quoi! à Florence? Mais Stéfani venait comme tout le monde. Souvenez-vous donc : j'avais une cour, j'étais reine alors, mon ami ; j'avais mes flatteurs et mes courtisans, voire mes soldats et mon peuple, ce brave parterre qui m'aimait tant, et à qui je le rendais si bien... Ingrat ! qui, seul dans cette foule, m^étiez plus cher que mes triomphes, et que j'ai appelé entre tous pour mettre ma couronne à vos pieds,... vous, Steinberg, jaloux d'un propos, fâché d'une visite que je reçois par hasard ! Allons, voyons, c'est une plaisanterie, convenez-en, un pur caprice, ou plutôt, tenez, je vous devine, c'est un prétexte, un biais que vous prenez pour me faire oublier ce que je voulais savoir et vous délivrer de mes questions.

STEINBERG, s'asseyonL

Oh ! ma chère Bettine, vous êtes bien charmante, et moi je suis... bien malheureux.

Malheureux, vous ! près de moi ! Qu'est-ce que c'est? Vite, dites-moi! de quoi s'agit-il?

STEINBERG

J'ai tort, je me suis mal exprimé. Vous savez ce que c'est qu'un joueur... £h bien! Bettine, c'est vrai, j'ai joué, et je suis rentré de mauvaise hu-

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