‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 213 sur 221 · SCÈNE XVIIl. )9p · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIIl. )9p

tez-moi. Vous avez aimé, vous vous êtes trompée, vous avez fait un mauvais choix, vous en portez la peine ; cela est fâcheux, mais cela arrive aux plus honnêtes gens, c'est même à eux que cela ne manque guère. Si maintenant vous avez quelque rancune et la moindre disposition à courir en poste après le passé, je suis tout prêt et je vous aiderai très-volontiers à prendre une revanche qui vous est bien due. Si je n'ai plus le pied assez leste pour me jeter dans une valse, je l'ai encore. Dieu merci, assez ferme pour soutenir un coup d'épée, et je serais ravi de rendre à ce monsieur celui que j'ai reçu autrefois pour vous.

Mon ami...

LE MA.RQUI8.

Si au contraire (ce qui, à mon avis, serait infiniment préférable) vous pouviez avoir la patience, je dirai même le bon sens, de laisser faire le médecin qui guérit toute chose, le temps, connu depuis que le monde existe, je m'offre à vous.

BETTINE

Vous, Stéfani?

LE MABQ^UIS.

Moi, non pas aujourd'hui, non pas demain, non pas dans un mois ni dans six, mais quand vous voudrez, quand cela vous plaira, si jamais cela peut vous plaire, quand vous serez calmée, guérie, redevenue tout à fait vous-même, c'est-à-dire gaie, aimable et charmante ; quand la blessure qu'un in-

,^00 BBTTINE.

grat vous a faite s'effacera, avec les jours d'oubli) oui) je le répète, je m'offre à vous. On dît que je veux vous faire ma cour, on a raison ; que je vous ai aimée, on a raison ; que je vous aime encore, on a raison ; et ce que je vous dis là, il y a trois ans que j'aurais dû vous le dire, et je vous le dirai toute ma vie.

BETTIKB.

Puisque vous me parlez avec cette franchise, je ne veux pas être moins sincère que vous. Répondre sur-le-cbamp à ce que vous me proposez, vous comprenez que c'est impossible..,

Quand vous voudrez.

BETTINB.

Mais ce que je puis et ce que je veux vous dire, tout de suite et sans hésiter, c'est qu'au milieu des chagrins que j'éprouve et de toute l'horreur qui m'accable, à cet instant où mon cœur est brisé par un abandon si cruel et une trahison si basse, vos paroles viennent d'y exciter une émotion qui m'est bien douce. Et pourquoi vous le cacherais-je ? Oui, Stéfani, je suis heureuse de voir que ce monde n'est pas encore désert, et que, si le mensonge et la perfidie peuvent quelquefois s'y rencontrer, on y peut aussi trouver sur sa route la main fidèle d'un ami. Je le savais, mais j'allais l'oublier. Yous m'en avez fait souvenir,... voilà ce dont je vous remercie.

LKMARQ^UIS.

Et vous pourriez douter qu'on vous aime!

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