‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 40 sur 221 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Servante ! que dis-tu ? Fi donc ! tu ne l'es point. Servante ! ce mot-là me choque au dernier point. Il lit.

Toute servante que je suis, vous me connaissez assurément bien peu si vous me croyez intéressée, et si vous avez pensé, monseigneur, qu'on pouvait payer un amour qui refuse de se donner. »

Qu'est-ce à dire, payer? Moi, te payer, ma belle?

Quoi ! pour un simple anneau, pour une bagatelle.

Pour un hochet d'enfant qui plaît à voir briller,

Tu me crois assez sot pour vouloir te payer?

Si tel était mon but, si j'osais l'entreprendre.

Si l'amour de Lisette était jamais à vendre.

Pour payer dignement de semblables appas.

Mes biens y passeraient et n'y suffiraient pas.

Est-ce donc une offense à la personne aimée.

Et s'en doit-elle au fond croire moins estimée.

Si l'on veut la parer, sans pouvoir l'embellir,

D'un pauvre diamant que ses yeux font pâlir?

Comment ! mettre une bagne aux plus beaux doigts du monde,

Il lui remet la bague au doigt.

Poser quelques bijoux sur cette épaule ronde. Sur ce cœur qui palpite un céladon changeant, serrer ce petit pied dans un réseau d'argent, Entourer la beauté, dans sa fleur et sa grâce, Des prestiges de l'art qu'elle égale et surpasse, Ce serait donc, ma chère, un grand crime à tes yeux? Payer ! efface donc ; ce mot est odieux.

Oublions ce billet, n'y songeons plus, Lisette. On paye un intendant, un rustre, une grisette ;

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