SCÈNE I
rite; témoin ce célèbre diplomate qui arriva trop tard àla mort de son prince, et vit la reine mettant ses papillotes. Ainsi se détruisent les plus beaux talents, et l'on a tu des gens couverts de gloire dans les armées et même dans le cabinet perdre leur fortune, faute d'une montre convenable et ponctuellement réglée. La tienne va- 1- elle bien, mon ami?
Je la mets à l'heure continuellement, monsieur.
LE BARON
Fort bien. Tu sauras donc enfin que , ayant ren- . contré à Compiègne la marquise de Morivaux, qui me donna tme place dans sa voiture, j'appris que l'on m'avait trompé par des renseignements peu exacts, et que le ministre revenait à Paris. Son Excellence me reçut à deux heures et demie, et voulut bien m'annoncer elle - même que la grande-duchesse de Gotha était accouchée, comme je te le disais tout à l'heure, et que le roi avait fait choix de moi et de mon neveu pour aller la complimenter.
GERMAIN
A Gotha, monsieur?
LE BARON
A Gotha. C'est un grand honneur pour ton maître.
GERMAIN
Oui, monsieur, mais il est sorti.
LE BARON
Voilà ce que je ne puis comprendre. Il est donc v. zi
toujours aussi étourdi, aussi distrait que de coutume? Toujours oubliant tout !
On ne peut pas trop dire, monsieur. Ce n*est pas qu'il oublie, c'est qu'il pense à autre chose.
LE BARON
Il faut qu'il soit en route, s^ns faute, demain matin , pour l'Allemagne. Et il n'a donné aucun ordre pour son départ?
GERMAIN
Non , monsieur. Ce matin seulement , avant de sortir il a ouvert une grande caisse de voyage, et il s'est promené bien longtemps tout alentour.
LE BARON
Etqu'a-t-il mis dedans?
GERMAIN
Un papier de musique.
LE BARON
Un papier de musique ?
GERMAIN
Oui, monsieur; après quoi il a fermé la caisse avec bien du soin, et il a mis la clef dans sa poche.
LE BARON
Un papier de musique ! toujours des folies ! si le roi savait cette maladie-là, oserait-on lui confier une mission d'une si haute importance ! heureusement il est sous ma garde. Enfin, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait?