‹ Œuvres de Alfred de MussetChapitre 82 sur 221 · SCÈNE I. î · texte numérisé non relu

SCÈNE I. î

GERMAIN

Il a chanté, monsieur, toute la journée.

LE BARON

11 a chanté?

GERMAIN

A merveille, monsieur; c'était un plaisir de l'entendre.

LE BARON

Le beau prélude pour un ambassadeur! Tu as quelque bon sens, Germain. Dis -moi, le crois-tu réellement capable de se conduire sainement dans une conjoncture si délicate ?

GERMAIN

Quoi ! monsieur, d'aller à Gotha, faire la révérence à une accouchée ? Il me semble que j'irais moi-même.

LE BARON

Tu ne sais pas de quoi tu parles.

GERMAIN

Dame! monsieur, de la grande-duchesse; c'est vous qui me dites qu'elle est accouchée,

LE BARON

Il est vrai qu'elle a donné le jour à un nouveau rejeton d'une tige auguste. Mais qu'a fait encore mon neveu ?

Il est venu ici, je ne sais combien de fois, frapper à la porte de madame la comtesse.

LE BARON

Et où est-elle, la comtesse?

GERMAIN

Monsieur, elle n^est pas levée.

LE BARON

 celte heure-ci ! c'est inconcevable. Elle ne dîne donc pas, cette femme-là?

GERMAIN

Non, monsieur, elle soupe.

LE BARON

Autre cervelle fêlée! Beau voisinage pour un fou!

GERMAIN

Mon maître serait bien fâché, monsieur, s'il s'entendait traiter de la sorte. Lorsqu'on se hasarde à lui faire remarquer la moindre distraction de sa part, il entre dans une colère affreuse, à telle enseigne que, l'autre jour, il a manqué de m'assommer parce qu'il avait, au lieu de sucre, versé son tabac sur ses fraises, et hier encore...

LE BARON

Juste Dieu! Est-il croyable qu'un homme de mérite, et du plus haut mérite, Germain (car mon neveu est fort distingué ), tombe d'une manière aussi puérile dans des égarements déplorables !

GERMAIN

Cela est bien funeste, monsieur.

LE BARON

Ne l'ai-je pas vu, de mes propres yeux, traverser, les mains dans ses poches, une contredanse royale, et se promener au milieu du quadrille, comme dans l'allée d'un jardin !

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