SCÈNE I. î
GERMAIN
Il a chanté, monsieur, toute la journée.
LE BARON
11 a chanté?
GERMAIN
A merveille, monsieur; c'était un plaisir de l'entendre.
LE BARON
Le beau prélude pour un ambassadeur! Tu as quelque bon sens, Germain. Dis -moi, le crois-tu réellement capable de se conduire sainement dans une conjoncture si délicate ?
GERMAIN
Quoi ! monsieur, d'aller à Gotha, faire la révérence à une accouchée ? Il me semble que j'irais moi-même.
LE BARON
Tu ne sais pas de quoi tu parles.
GERMAIN
Dame! monsieur, de la grande-duchesse; c'est vous qui me dites qu'elle est accouchée,
LE BARON
Il est vrai qu'elle a donné le jour à un nouveau rejeton d'une tige auguste. Mais qu'a fait encore mon neveu ?
Il est venu ici, je ne sais combien de fois, frapper à la porte de madame la comtesse.
LE BARON
Et où est-elle, la comtesse?
GERMAIN
Monsieur, elle n^est pas levée.
LE BARON
 celte heure-ci ! c'est inconcevable. Elle ne dîne donc pas, cette femme-là?
GERMAIN
Non, monsieur, elle soupe.
LE BARON
Autre cervelle fêlée! Beau voisinage pour un fou!
GERMAIN
Mon maître serait bien fâché, monsieur, s'il s'entendait traiter de la sorte. Lorsqu'on se hasarde à lui faire remarquer la moindre distraction de sa part, il entre dans une colère affreuse, à telle enseigne que, l'autre jour, il a manqué de m'assommer parce qu'il avait, au lieu de sucre, versé son tabac sur ses fraises, et hier encore...
LE BARON
Juste Dieu! Est-il croyable qu'un homme de mérite, et du plus haut mérite, Germain (car mon neveu est fort distingué ), tombe d'une manière aussi puérile dans des égarements déplorables !
GERMAIN
Cela est bien funeste, monsieur.
LE BARON
Ne l'ai-je pas vu, de mes propres yeux, traverser, les mains dans ses poches, une contredanse royale, et se promener au milieu du quadrille, comme dans l'allée d'un jardin !