LE PRINTEMPS
Sur l'herbage tendre Le ciel vient d'étendre Un tapis de fleurs; Et l'Aurore arrose, De ses tendres pleurs, De la jeune rose Les vives couleurs.
Déjà Philoméle Ranime ses chants, Et l'onde se mêle A ses sons touchants.
Sur un lit de mousse Les Amours , au frais , Aiguisent des traits Qu'avec peine émousse La froide raison, Qui croit qu'elle régne Quand elle dédaigne La belle saison.
Nos berceaux se couvrent Du souple jasmin; Nos yeux y découvrent Le riant ckeuiin Par où le mystère, Servant nos désirs, Nous mène à Cythère Chercher les plaisirs.
Oui, de la nature La vive peinture N'est pas sans dessein.
Tant de fleurs nouvelles Qui, de tant de belles, Vont orner le sein, Le tendre ramage Des jeunes oiseaux, Le doux bruit des eaux, Tout offre l'image D'un aimable dieu, Tout lui rend hommage; Dans un si beau lieu, Tout y peint son feu :
Hélas! quel dommage Qu'il dure si peu !
11 pénétre Famé, Ce feu trop subtil...
i Mais pourquoi faut-il Que, de cette flamme Qui peint le printemps.
Tout, en même temps.
Trace à notre vue La légèreté , Souvent imprévue Chez la volupté?
L'onde fugitive, A lame attentive , Peint à petit bruit L'ardeur passagère Dont l'éclat séduit Plus d'une bergère Que l'amour conduit.
L'haleine légère Du Zéphir badin Qui, dans ce jardin, Vole autour de Flore , Du vif incarnat Qu'elle fait éclore Le frivolç éclat , De l'oiseau volage Les accords légers, Peignent du bel âge
Les feux passagers.
Tout ce qui respire Nous dit en ce temps :
L'amoureux empire Est un vrai printemps; Il plaît, il enchante; On l'aime, on le chante :
Soins trop superflus!
Vaut-il ce qu'il coûte?
A peine on le goûte, Qu'il n'est tîeja plus.