‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 104 sur 116 · L'AUTOMNE · texte numérisé non relu

L'AUTOMNE

Abrège ta course, Amant de Téthys; Soleil, amortis Tes feux clans leur source.

L'excès des chaleurs A brûlé nos plaines, A séché nos fleurs , Tari nos fontaines; L'Aurore est sans pleurs, Zéphir sans haleines, Flore sans couleurs.

La seule Pomone, Sous ce frais berceau, Rit , et se couronne Du pampre nouveau; Et du vin qui coule S'abreuve une foule Déjeunes Sylvains, Qu'on voit dans la plaine Soutenir à peine Leurs pas incertains.

Viens, mon cher Ariste, Fuis l'empire vain Dune raison triste :

Est-ce au dieu du vin Qu'un sage résiste?

Sois sage , niais boi :

Vois le dieu du Pinde, Esclave avec toi , Du vainqueur de l'Inde Suivre ici la loi.

Il veut qu'on allie, Sur un même ton, Maxime et saillie , Pétrone et Caton , Sagesse et folie.

Ainsi verra-t-on Epicure à table , Au banquet aimable D'un nouveau Platon.

J'y veux pour convive L'enfant de Cypris :

Au milieu des ris , Sa chaleur plus vive Plaît à mes esprits.

Couché sous la treille, Si quelqu'un sommeille,

38a POÉSIES

Par un tendre effort Qu'Amour le réveille, Quand Bacchus l'endort.

Austère Chrysippe, Vas-tu follement Poser un principe Contre un sentiment?

Pourquoi d'un moment Que le ciel nous donne Nous faire un tourment?

La nature ordonne, Mon cœur obéit :

Sénéque raisonne , Horace jouit.

Ecoute l'emblème Dont il nous instruit :

D'une ardeur extrême Le temps nous poursuit, Détruit par lui-même, Par lui reproduit, Plus léger qu'Eole, Il naît et s'envole , Renaît et s'enfuit.

Enivrons Saturne;

Ce vieillard plus doux , Égayant pour nous Son front taciturne, Perdra son courroux Au fond de cette urne ; Devenu plus lent, Ce dieu turbulent, Pour reprendre haleine.

Prendra de Silène Le pas nonchalant.

Sous l'ombre propice De ce bois sacré, L'autel est paré Pour le sacrifice; Hébé me couronne D'un lierre divin , Et Cornus ordonne L'apprêt du festin.

Avec nos bergères Chantez, dieu des bois, Ménades légères , Dansez à leur voix.

La victime est prête :

Ami, qui t'arrête?

Thémire avec moi, Pour ouvrir la fête , N'attend plus que toi.

LHIVER.

De l'urne céleste Le signe funeste Domine sur nous; Et sous lui commence L'humide influence De l'Ourse en courroux.

L'onde, suspendue Sur les monts voisins, Est dans nos bassins En vain attendue.

Ces bois , ces ruisseaux N'ont rien qui m'amuse :

La froide Aréthuse Fuit dans les roseaux ; .

C'est en vain qu'Alphée Mêle avec ses eaux Son onde échauffée.

Telle est des saisons La marche éternelle;

Des fleurs, des moissons,' Des fruits, des glaçons.

Ce tribut fidèle Qui se renouvelle Avec nos désirs, En changeant nos plaines, Fait tantôt nos peines, Tantôt nos plaisirs.

Cédant nos campagnes Au tyran des airs , Flore et ses compagnes Ont fui ces déserts.

Si quelqu'une y reste, Son sein outragé Gémit, ombragé D'un voile funeste.

La Nymphe modeste Versera des pleurs Jusqu'au temps des fleurs.

Quand, d'un vol agile, L'Amour et les Jeux Passent dans la ville, J'y passe avec eux.

Sur la double scène

Suivant Melpomène Et ses jeux nouveaux, J'entends le parterre Marquer leurs défauts En juge sévère.

Là , sans affecter Les dédains critiques, Je laisse avorter Les brigues publiques.

Du beau seul épris, Envie ou mépris Jamais ne m'enflamme; Seulement dans l'ame J'approuve oii je blâme, Je baille ou je ris.

Dans nos folles veilles, Je vais de mes airs Frapper tes oreilles.

Après nos concerts , L'ivresse au délire Pourra succéder ; Sous un double empire, Je sais accorder Le tbyrse et la lyre :

J y crois voir Tbémire, Le verre à la main .

Chanter son refrain, Folâtrer et rire.

Quel sort plus heureux !

Buveur, amoureux, Sans soin, sans attente.

Je n'ai qu'à saisir Un riant loisir; Pour l'heure présente, Toujours un plaisir; Pour l'heure suivante, Toujours un désir.

Coulez , mes journées , Par un nœud si beau Toujours enchaînées, Toujours couronnées D'un plaisir nouveau.

Qu'à son gré la Parque Hâte mes instants, Les compte et les marque Aux fastes du temps; Je l'attends sans crainte :

Par sa rude atteinte Je serai vaincu; Mais j'aurai vécu.

Sans date ni titre, Dormant à demi, Ici ton ami Finit son épître.

En rimant pour toi Le dernier chapitre.

La table où je boi Me sert de pupitre.

De tes vins divers Je serai l'arbitre ; Sois-le de mes vers, Je te les adresse.

S'ils sont sans justesse, Sans délicatesse, Sans ordre et sans choix , En de folles rimes On lit quelquefois De sages maximes.

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