‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 105 sur 116 · LE HAMEAU · texte numérisé non relu

LE HAMEAU

Rien n'est si beau Que mon hameau, O quelle image !

Quel paysage Fait pour Vateau !

Mon ermitage Est un berceau Dont le treillage Couvre un caveau.

Au voisinage , C'est un ormeau Dont le feuillage Prête un ombrage A mon troupeau; C'est un ruisseau Dont Tonde pure Peint sa bordure D'un vert nouveau.

Mais c'est Silvie Qui rend ces lieux Dignes d'envie,

POÉSIES DIVERSES. 39i

Dignes des dieux.

Là, chaque place Donne à choisir Quelque plaisir Qu'un autre efface.

C'est à l'entour De ce domaine Que je promène, Au point du jour, Ma souveraine.

Si l'aube en pleurs A fait éclore Moisson de fleurs.

Ma jeune Flore A des couleurs Qui, près des leurs, Brillent encore.

Si les chaleurs Nous font descendre Vers ce Méandre, Dans ce moment Un bain charmant Voit sans mystère, Sans ornement, Et la bergère Et son amant.

Jupe légère Tombe aussitôt :

Tous deux, que taire?

L'air est si chaud'.

L'onde est si claire»!

Assis auprès, Cornus après Joint à Pomone Ce qu il nous donne A peu de frais.

Gaieté nouvelle' Quand le vin frais Goule à longs traits , Toujours la belle Donne ou reçoit, Fuit ou m'appelle..

Rit, aime, ou boit.

Le chant succède , Et ses accents Sont l'intermède Des autres sens ; Sa voix se mêle Aux doux hélas De Philoméîe, Qui si bien qu'elle Ne chante pas.

Telle est la chaîne De nos désirs, Nés sans soupirs , Comblés sans peine, Et qui ramène De nos plaisirs L'heure certaine.

O vrai bonheur!

Si le temps laisse Durer sans cesse , Chez moi vigueur, Beauté chez elle , Jointe à l'humeur D'être fidèle !

Qu'à pleines mains Le ciel prodigue Comble et fatigue D'autres humains :

Moi, sans envie, Je chanterai Avec Silvie; Je jouirai Et je dirai Toute la vie, Rien n'est si beau Que mon hameau.

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