SCÈNE III
TÉLAÏRE, CASTOR.
CASTOR
Ah ! je mourrai content, je revois vos appas.
TÉLAÏRE.
Prince, osez-vous encor me parler de tendresse?
i34 CASTOR ET POLLUX.
CASTOR
On permet nos adieux.
TÉLAÏFiE.
Eh ! ne deviez-vous pas Les épargner à ma foiblesse?
CASTOR
Quand j'ai pour cet adieu l'aveu de votre époux,
Quand vous m allez être ravie,
Cruelle ! me reprochez-vous
Le dernier plaisir de ma vie?
Mon frère a vu mes pleurs; et, loin de les cacher,
J'ai laissé voir toute ma flamme :
La pitié lui parloit, et sembloit le toucher; Mais l'amour, plus puissant, lécartoit de son ame. Achevez son bonheur : je quitterai ces lieux Sans me plaindre de vous, sans accuser mon frère :
Ai-je à me plaindre que des dieux?
TÉLAÏRE.
Vous partez !
CASTOR
Je m'impose un exil nécessaire.
Dans ces yeux , maîtres de mon sort , Si j'ai trouvé cent fois la vie; Quand 1 espérance m'est ravie, J'v trouverois cent fois la mort.