‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 83 sur 116 · A M. CAMILLE PERRICHON · texte numérisé non relu

A M. CAMILLE PERRICHON

Préside au transport qui m'inspire.

Mêle ta voix à mes accents, Calliope, apprête ta lyre, Tes guirlandes, et ton encens!

Compagne d'Alcée et d'Horace, En guidant mes pas sur leur trace, Ressuscite en moi leurs transports; Si j'en crois mon ardeur nouvelle, Camille approuvera mon zèle , Et la critique, tes accords.

Dissipons dune erreur commune Les préjugés contagieux; C'est trop accuser la fortune Du partage qu'ont fait les dieux.

Stoïque estimateur du monde, Des grandeurs où l'homme se fonde

3i4 ODES.

Je fuis les appas séducteurs.

Par quel aveuglement extrême, Cherchons-nous le bonheur suprême Dans la source de nos malheurs?

Mortels, qui vous laissez séduire Par la grandeur et ses attraits, Jupiter se plaît à détruire Ce qui l'approche de plus près :

Toujours l'effort de la tempête Tombe sur la superbe tête Du cèdre élevé dans les airs :

Sa grandeur présage sa chute, Et ne le met que plus en butte Aux fougueux tyrans des hivers.

Ebloui d'un éclat fragile, L'homme, sous un nom respecté, Croit voir le triomphe et l'asile De l'humaine félicité; Il n'en goûte que les prémices.

Le ciel aux plus pures délices Mêle des ennuis corrupteurs.

Sujet à ceux dont il est maître, Le prince à ses côtés voit naître Des enVieux et des flatteurs.

ODES. *i5

De la poussière jusqu'au troue Montant par d'obliques sentiers, De ceux que la faveur couronne L'Envie arrache les lauriers; Contre la grandeur souveraine Elle arme la Fraude et la Haine, Monstres sous ses pas animés :

Ce qui brille à ses yeux la blesse, Et par ses mains le sort rabaisse Les colosses qu'il a formés.

Sous une forme plus aimable,

On vit naître, au milieu des fleurs,

La Flatterie, inséparable

Des richesses et des grandeurs.

L'art des Séjans et des Narcisses

Osa, par d'impurs sacrifices,

Louer l'homme aux dépens des dieux,

Et, flattant son orgueil frivole,

Aux pieds d'une mortelle idole

Brûla des parfums odieux.

Toujours le funeste artifice De nos adulateurs soumis Cache à nos yeux le précipice Que préparent nos ennemis;

Oui, qu'un orgueilleux se confie Au flatteur qui le déifie Par un hommage criminel; L'Envie aussitôt le traverse, Prépare l'embûche, et renverse Le trône, l'idole, et l'autel.

Cessez de nous vanter les charmes De vos honneurs tumultueux :

Que sert au milieu des alarmes L'appareil d'un rang fastueux?

Avides d'un bonheur tranquille, Chercherons-nous chez vous l'asile Du calme et de la sûreté?

Mais peut-on être dans la vie Heureux sans alarmer l'Envie , Et puissant sans être flatté?

Dépositaires du tonnerre Que les dieux ont mis dans vos mains, En vain comptez-vous sur la terre Autant d'esclaves que d'humains .

Le roi porte les fers qu'il donne.

Assis avec lui sur le trône , Président le trouble et l'ennui ; Sa grandeur ne peut l'en défendre;

ODES. 3i7

Porus, dans les fers d'Alexandre, Est encor plus libre que lui.

Si les dieux punissent le sage Jusqu'à lui donner des grandeurs, Apprenez comme il fait usage De ces périlleuses faveurs :

Contre les traits de l'imposture Sa constante équité rassure Son cœur vainement combattu; Et son oreille incorruptible, Sourde à tout flatteur, n'est sensible Qu'au suffrage de la vertu.

Par là des héros de la Grèce Le plus sage et le moins heureux Sous une puissante déesse Franchit ces écueils dangereux; Mais, s'il brava dans les naufrages La fureur du dieu des orages Et du Gyclope courroucé, Il frémit à la double attaque D'Antinous et d'Eurimaque, Des Sirènes et de Circé.

Esprit formé dans ses maximes,

3i8 ODES.

Camille, orné de ses vertus, Des hommages illégitimes Distingue mes justes tributs; La même déité propice Qui frappoit autrefois Ulysse De ses rayons étincelants, Unit, dans ton ame éclairée, Aux solides vertus d'Astrée L'éclat des sublimes talents.

Surprises de se voir ensemble,

La Prudence et l'Activité,

Dans ton cœur qui seul les rassemble

Admirent leur société.

En toi l'utile Prévoyance,

La solide Magnificence,

l'Honneur, l'Intégrité, la Foi,

Forment un parfait assemblage,

Digne d'emporter le suffrage

Du peuple, des grands, et du roi.

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