‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 89 sur 116 · LA LYRE D'AMOUR · texte numérisé non relu

LA LYRE D'AMOUR

Non, rien ne doit plus t alarmer; Asservis, possède un cœur tendre, Aussi facile pour t'aimer Qu'il fut empressé pour se rendre.

Par un soudain enchantement Ma liberté me fut ravie; Et l'ouvrage d un seul moment Fera le destin de ma vie.

Du trait qui partit de tes yeux L'Amour lui-même fut le guide ; De ses flèches la plus rapide Est celle qui blesse le mieux.

Me vaincre étoit peu pour sa gloire.

Et ce fut le jeu d un enfant; Remporter sur toi la victoire Fut l'effort d'un dieu triomphant.

Contre toi, dune main timide, Il prit son carquois redouté ; Mais il n'osa frapper l'égide Dont le ciel armoit ta fierté.

Connoissant le goût qui t'inspire Pour les chants du sacré vallon, L'Amour, instruit par Apollon, De son carquois fit une lyre.

Attentive à ses doux accents, Tu ne craignis plus de l'entendre ; Et ton cœur se laissa surprendre Par la trahison de tes sens.

Cette lyre, à ta voix unie, Enchanta le docte séjour.

Eh ! que n'inspire point l'Amour, Quand il est le dieu d'harmonie!

Chaque son produit sous tes doigts Devenoit un trait plein de flamme .

Ainsi l'enchanteur de ton ame Lancoit mille traits à-la-fois.

Tu fus soumis à son empire;

Et, docile aux tendres leçons, Ta voix répéta ses chansons, Ton cœur éprouva son délire.

Sur cet instrument séducteur, Qui servit à fléchir ton ame, L'Amour chanta lépithalame Des noces dont il fut auteur.

O toi , qui m'as donné Thémire , Mets le comble aux biens que tu fais; Amour, laisse-moi cette lyre, Pour fixer Thémire à jamais!

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