LES BAINS DE LAURE
Cette grotte est l'asile aimable Où Laure échappe aux feux du jour.
Cette onde est son bain délectable; C'est là que sa main redoutable Trempe tous les traits de l'Amour.
Quand la fraîcheur ici l'appelle, Zéphvre ose seul approcher; J'y vois chaque roseau fidèle Cacher un Amour nu comme elle Qui craindroit de l'effaroucher.
Confidents des beautés de Laure, Beaux lieux, que vous me serez chers!
Témoins de tout ce que j'adore, Ruisseaux, coulerez-vous encore Pour chercher Vénus sur les mers?
Ah ! si dans ce lieu solitaire
Je pouvois sans être aperçu!...
Qu'ai- je dit? Quel vœu téméraire!
C'est l'abri sacré du mystère, Jamais mortel n'y fut reçu.
Que vois-je? Quel soupçon m'anime!
Quels noms! Quels chiffres odieux!
Ce sable interprète son crime.
Ali! je vois, aux pas quil exprime, Qu'elle n'a pas fui tous les yeux.
O dieux! Quel changement extrême; O l'abyme! ô l'affreux séjour!
Cette onde est le Cocyte même; Fuyons l'antre de Polyphème, Et périsse à jamais l'Amour!