LE BUVEUR ET L'AMANTE
LE BUVEUR
Verse, Corinne, verse encore; Le nectar coule de ta main; La soif qui brûle dans mon sein Naît de l'amour qui me dévore.
l'amante.
Non, je suis jalouse, à mon tour, D'un larcin fait à ma tendresse; Je sens que j'ôte à ton amour Ce que j'ajoute à ton ivresse.
LE BUVEUR
Non, ma Corinne, c'est pour toi Que Bacchus échauffe mon a:i;e; Verse, chaque coup que je boi Est un nouveau trait qui m'enflamme.
l'amante.
Je vois de moment en moment Que ta foible raison s'altère;
Et l'amour est un sentiment Qu'il faut que la raison éclaire.
LE BUVEUR
Je bois, mais je n'en vois que mieux Ces traits, cette beauté divine. Sais-tu qu'à chaque instant Corinne S'embellit encore à mes yeux?
l'amante.
Pour toi ma foiblesse est extrême.
Ton bonheur n'est-il pas le mien?
Bois, puisque ta flamme est la même; Bois toujours, si tu m'aimes bien.