LE MYSTÈRE
Sur une écorce légère, Amants , tracez votre ardeur :
Le beau nom de ma bergère N'est gravé que dans mon cœur.
Je n'ose occuper ma lyre A chanter un nom si doux; Écho pourroit le redire, Et jaurois trop de jaloux.
Corinne à feindre m'engage Pour mieux tromper les témoins.
Ce qui lui plaît davantage Semble me plaire le moins :
L'herbe où son troupeau va paître Voit le mien s'en écarter; Et je semble méconnoitre Son chien qui veut me flatter.
Vous, qu'un fol amour inspire,
34o ODES.
Connoissez mieux le plaisir; Vous n'aimez que pour le dire.
Nous n'aimons que pour jouir.
Corinne, que ce mystère Dure autant que nos amours ; L'amant content doit se taire :
Fais-moi taire pour toujours.
L'amant frivole et volage Chante par-tout ses plaisirs; Le berger discret et sage Cache jusqu'à ses désirs.
Telle est mon ardeur extrême Mon cœur, soumis à ta loi, Te dit sans cesse qu'il aime, Pour ne le dire qu'à toi.
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