‹ uvres de Bernard, ornées d'une gravure d'après PrudhonChapitre 94 sur 116 · L'AMANT JALOUX · texte numérisé non relu

L'AMANT JALOUX

Sur ces myrtes, sur ces roses, Quel est ce lit conjugal?

Que vois-je? oh ciel! tu reposes Dans les bras de mon rival!

Eglé, perfide, inhumaine, L'hymen a serré ta chaîne; Il allume ces flambeaux; Et pour augmenter ma peine Il laisse ouverts tes rideaux.

Un autre, ô ciel! quels supplices!

Quels traits jaloux je ressens!

Dans l'abyme des délices Un autre a plongé tes sens !

Enivré de sa conquête, L'insensé croit voir la fête Durer autant que ses jours, Sans songer à la tempête Qui gronde sur ses amours.

Bientôt Hélène enchaînée, Lasse des lois d'un époux, Dans la coupe d'Hyménée Boit le poison des dégoûts.

Malheureux , crains cet augure ; L'infidélité t'assure Le même destin qu'à moi.

Crois qu'une amante parjure Fait une épouse sans foi.

Achève, Hymen, ton ouvrage.

Eglé bientôt, dans tes bras, Perdra l'éclat du bel âge, Verra flétrir ses appas.

Les beautés que tu couronnes Des tristes fruits que tu donnes Pleurent souvent plus d'un jour; Et sans respect tu moissonnes Des fleurs qu'eût gardé l'Amour,

Console-toi donc , mon ame ; Ce couple heureux gémira :

Je verrai mourir leur flamme, Et mon tourment finira.

Ma gaieté se renouvelle; Sur le front de l'infidèle

Laissons passer mon ennui ■ Le temps me vengera d'elle Et l'inconstance de lui.

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