‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 132 sur 143 · LXXXVIII · texte numérisé non relu

LXXXVIII

Les hommes sont si nécessairement fous, que ce seroit être fou par un autre tour de folie que de ne pas être fou.

SECONDE PARTIE, ART. XVII. fyù$

Otez la probabilité, on ne peut plus plaire au inonde : mettez la probabilité, on ne peut plus lui déplaire.

L'ardeur des saints à rechercher et pratiquer le bien étoit inutile , si la probabilité est sûre.

Pour faire d'un homme un saint, il faut que ce soit la grâce; et qui en doute ne sait ce que c'est qu'un saint et qu'un homme.

On aime la sûreté. On aime que le pape soit infaillible en la foi , et que les docteurs graves le soient dans leurs moeurs, afin d'avoir son assurance.

Il ne faut pas juger de ce qu'est le pape par quelques paroles des pères, comme disoient les Grecs dans un concile (règle importante! ), mais par les actions de l'Église et des pères , et par les canons.

Le pape est le premier. Quel autre est connu de tous ? Quel autre est reconnu de tous ayant pouvoir d'influer par tout le corps ^ parce qu'il tient la maîtresse branche qui influe partout?

4oÔ PENSEES DE PASCAL,

Il y a hérésie à expliquer toujours omnes de tous , et hérésie à ne pas l'expliquer quelquefois de tous. Bibite ex hoc omnes : les huguenots, hérétiques, en l'expliquant de tous. In quo omnes peccaverunt : les huguenots, hérétiques, en exceptant les enfants des fidèles. Il faut donc suivre les pères et la tradition pour savoir quand , puisqu'il y a hérésie à craindre de part

et d'autre.

Le moindre mouvement importe à toute la nature; la mer entière change pour une pierre. Ainsi , dans la grâce , la moindre action îtn porte pour ses suites à tout. Donc tout est important

Tous les hommes se haïssent naturellement. On s'est servi comme on a pu de la concupiscence . pour la faire servir au bien public. Mais ce n'est I que feinte, et une fausse image de la charité; réellement ce n'est que haine. Ce vilain fonds de l'homme ,figmentum malum , n'est que couvert; il n'est pas ôté.

Si l'on veut dire que l'homme est trop peu pour mériter la communication avec Dieu, il faut être bien grand pour en juger.

Il est indigne de Dieu de se joindre à l'homme

misérable; mais il n'est pas indigne de Dieu de le tirer de sa misère.

Qui l'a jamais compris ! Que d'absurdités !

Des pécheurs purifiés sans pénitence, des justes sanctifiés sans la grâce de Jésus-Christ, Dieu sans pouvoir sur la volonté dès hommes , une prédestination sans mystère, un Rédempteur sans certitude.

Unité , multitude. En considérant l'Église comme unité , le pape en est le chef, comme tout. En considérant comme multitude, le pape n'en est qu'une partie. La multitude qui ne se réduit pas à l'unité est confusion ; l'unité qui n'est pas multitude est tyrannie.

Dieu ne fait point de miracles dans la conduite >rdinaire de son Église. C'en seroit un étrange, ;i l'infaillibilité étoit dans un ; mais d'être dans a multitude, cela paroît si naturel , que la conluite de Dieu est cachée sous la nature, comme m tous ses ouvrages.

De ce que la religion chrétienne n'est pas unique, ce n'est pas une raison de croire qu'elle n'est pas la véritable. Au contraire , c'est ce qui fait voir qu'elle l'est.

f\oS PENSEES DE PASCAL,

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