PREMIÈRE PARTIE, ART. II
nettement le sens ; l'autre , de n'avancer jamais aucune proposition qu'on ne démontrât par des vérités déjà connues, c'est-à-dire, en un mot, à définir tous les termes , et à prouver toutes les propositions. Mais, pour suivre l'ordre même que j'explique, il faut que je déclare ce que j'entends par définition.
On ne reconnoît, en géométrie, que les seules définitions que les logiciens appellent définitions de nom y c'est-à-dire, que les seules impositions de nom aux choses qu'on a clairement désignées en termes parfaitement connus; et je ne parle que de celles-là seulement.
Leur utilité et leur usage est d'éclaircir et d'abréger le discours, en exprimant, par le seul nom qu'on impose , ce qui ne pourroit se dire qu'en plusieurs termes ; en sorte néanmoins que le nom imposé demeure dénué de tout autre sens , s'il en a , pour n'avoir plus que celui auquel on le destine uniquement. En voici un exemple.
Si l'on a besoin de distinguer dans les nombres ceux qui sont divisibles en deux également d'avec ceux qui ne le sont pas, pour éviter de répéter souvent cette condition , on lui donne un nom .en cette sorte : j'appelle tout nombre divisible en deux également, nombre pair.
Voilà une définition géométrique ; parce qu'après avoir clairement désigné une chose x savoir tout nombre divisible eu deux également, on lui donne un nom que l'on destitue de tout
autre sens , s'il en a , pour lui donner celui de la chose désignée.
D'où il paroît que les définitions sont très* libres, et qu'elles ne sont jamais sujettes à être contredites; car il n'y a rien de plus permis que de donner à une chose qu'on a clairement désignée un nom tel qu'on voudra. Il faut seulement prendre garde qu'on n'abuse de la liberté qu'on a d'imposer des noms, en donnant le même à deux choses différentes. Ce n'est pas que cela ne soit permis , pourvu qu'on n'en confonde pas les conséquences , et qu'on ne les étende pas de l'une à l'autre. Mais si l'on tombe dans ce vice, on peut lui opposer un remède très-sûr et trèsinfaillible; c'est de substituer mentalement la définition à la place du défini , et d'avoir toujours la définition si présente, que toutes les fois qu'on parle , par exemple, de nombre pair, on entende précisément que c'est celui qui est divisible en deux parties égales , et que ces deux choses soient tellement jointes et inséparables dans la pensée , qu'aussitôt que le discours exprime l'une, l'esprit y attache immédiatement l'autre. Car les géomètres, et tous ceux qui agissent méthodiquement , n'imposent des noms aux choses que pour abréger le discours, et non pour diminuer ou changer l'idée des choses dont ils discourent; et ils prétendent que l'esprit supplée toujours la définition entière aux termes courts, . qu'ils n'emploient que pour éviter la confusion que la multitude des paroles apporte.