PREMIERE PARTIE, ART. II. 5j
Rien n'éloigne plus promptement et plus puissamment les surprises captieuses des sophistes que cette méthode , qu'il faut avoir toujours présente , et qui suffit seule pour bannir toutes sortes de difficultés et d'équivoques.
Ces choses étant bien entendues , je reviens à l'explication du véritable ordre, qui consiste, comme je disois , à tout définir et à tout prouver.
Certainement cette méthode seroit belle, mais elle est absolument impossible; car il est évident que les premiers termes qu'on voudroit définir en supposeroient de précédents pour servir à leur explication , et que de même les premières propositions qu'on voudroit prouver en supposeroient d'autres qui les précédassent; et ainsi il est clair qu'on n'arriveroit jamais aux premières.
Aussi, en poussant Tes recherches de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots primitifs qu'on ne peut plus définir, et à des principes si clairs, qu'on n'en trouve plus qui le soient davantage pour servir à leur preuve.
D'où il paroît que les hommes sont dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science que ce soit dans un ordre absolument accompli ; mais il ne s'ensuit pas de là qu'on doive abandonner toute sorte d'ordre.
Car il y en a un , et c'est celui de la géométrie, qui est à la vérité inférieur, en ce qu'il est moins convaincant , mais non pas en ce qu'il est moins certain. Il ne définit pas tout, et ne
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prouve pas tout , et c'est en cela qu'il est inférieur; mais il ne suppose que des choses claires et constantes par la lumière naturelle, et c'est pourquoi il est parfaitement véritable, la nature le soutenant au défaut du discours.
Cet ordre le plus parfait entre les hommes consiste , non pas à tout définir ou à tout démontrer , ni aussi à ne rien définir ou à ne rien démontrer, mais à se tenir dans ce milieu de ne point définir les choses claires et entendues de tous les hommes , et de définir toutes les autres; de ne point prouver toutes les choses connues des hommes , et de prouver toutes les autres. Contre cet ordre pèchent également ceux qui ~ entreprennent de tout définir et de tout prouver, et ceux qui négligent de le faire dans les choses • qui ne sont pas évidentes d'elles-mêmes. .*=
C'est ce que la géométrie enseigne parfaite* e ment. Elle ne définit aucune de ces choses, > espace , temps, mouvement, nombre, égalité, ni * les semblables, qui sont en grand nombre;" parce que ces termes-là désignent si naturelle- * ment les choses qu'ils signifient, à ceux qui entendent la langue , que l'éclaircissement qu'on = voudroit en faire apporterait plus d'obscurité que d'instruction.
Car il n'y a rien de plus foible que le discours de ceux qui veulent définir ces mots primitifs. Quelle nécessité y a-t-if , par exemple, d'expliquer ce qu'on entend par le mot homme ? Ne sait-on pas assez quelle est la chose qu'on veut