‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 50 sur 143 · PREMIÈRE PARTIE, ART. VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, ART. VI

que la guerre ; le reste des hommes sont des coquins. A force d'ouïr louer en l'enfance ces métiers , et mépriser tous les autres , on choisit ; car naturellement on aime la vertu , et l'on hait l'imprudence. Ces mots nous émeuvent : on ne pèche que dans l'application ; et la force de la coutume est si grande , que des pays entiers sont tous de maçons , d'autres tous de soldats. Sans doute que la nature n'est pas si uniforme. C'est donc la coutume qui fait cela, et qui entraîne la nature; mais quelquefois aussi la nature la surmonte , et retient l'homme dans son instinct, malgré toute la coutume, bonne ou

mauvaise.

Nous ne nous tenons jamais au présent. Nous anticipons l'avenir comme trop lent, et comme pour le hâter; ou nous rappelons le passé, pour l'arrêter comme trop prompt : si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas à nous , et ne pensons point au seul qui nous appartient ; et si vains , que nous songeons à ceux qui ne sont point, et laissons échapper sans réflexion le seul qui subsiste. C'est que le présent d'ordinaire nous blesse. Nous le cachons à notre 'vue, parce qu'il nous afflige; et s'il nous est agréable , nous regrettons de le voir échapper. Nous tâchons de le soutenir par l'avenir , et nous pensons à disposer les choses qui ne sont pas en aotre puissance , pour un temps où nous n'avons

lacune assurance d'arriver.

Pensées. 7

Que chacun examine sa pensée , il la trou toujours occupée au passé et à l'avenir. Noi. pensons presque point au présent; et si ne pensons , ce n'est que pour en prendre de: mières pour disposer l'avenir. Le présent jamais notre but: le passé et le présent sonl moyens ; le seul avenir est notre objet ( 1 4). J nous ne vivons jamais; mais nous espéron vivre ; et nous disposant toujours à être heur il est indubitable que nous ne le serons jan si nous n'aspirons à une autre béatitude celle dont on peut jouir en cette vie.

Notre imagination nous grossit si fort le te présent, à force d'y faire des réflexions ce nuelies, et amoindrit tellement l'éternité, n que d'y faire réflexion , que nous faisons del'( nité un néant , et du néant une éternité ; et cela a ses racines si vives en nous, que t< notre raison ne peut nous en défendre.

Cromwell alloit ravager toute la chrétienté famille royale étoit perdue, et la sienne à jan puissante , sans un petit grain de sable qui se dans son uretère (*). Rome même alloit treml

(*) Quelques nouvelles éditions mettent ici urètre; on lit uretère dans les anciennes , et j'ai cru devoi suivre. Les uretères sont deux canaux qui communiq

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