‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 54 sur 143 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Qu'est-ce que nos principes naturels , sinon

nos principes accoutumés (*)? Dans les enfants, \ ceux qu'ils ont reçus de la coutume de leurs ; pères, comme la chasse dans les animaux.

Une différente coutume donnera d'autres principes naturels. Gela se voit par expérience ; et s'il y en a d'ineffaçables à la coutume, il y en a aussi de la coutume ineffaçables à la nature. Cela dé- ; pend de la disposition.

Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s'efface. Quelle est donc cette nature sujette à être effacée? La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Pourquoi ; la coutume n'est-elle pas naturelle? J'ai bien peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature.

Si nous rêvions toutes les nuits la même chose , elle nous affecteroit peut-être autant que les objets que nous voyons tous les jours; et si un artisan étoit sûr de rêver toutes les nuits , douze heures durant, qu'il est roi , je crois qu'il seroit presque aussi heureux qu'un roi (20) qui rèveroit toutes les nuits , douze heures durant, qu'il seroit artisan. Si nous rêvions toutes les nuits que nous sommes poursuivis par des ennemis, et agités par des fantômes pénibles, et qu'on

(*) I/auteiir fait ici allusion à une pensée de Montaigne qu'il rappelle plus loin. Voyez part. 1, art. 8, §. 10.

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