PREMIÈRE PARTIE, ART. VI. ÎO'J
cassât tous les jours en diverses occupations , lomme quand on fait un voyage, on souffriroit 3resque autant que si cela étoit véritable, et on ippréhenderoit de dormir , comme on appréhende le réveil quand on craint d'entrer réellement dans de tels malheurs. En effet, ces rêves Feroient à peu près les mêmes maux que la réalité. Mais parce que les songes sont tous différents et se diversifient , ce qu'on y voit affecte bien moins que ce qu'on voit en veillant , à cause de la continuité, qui n'est pas pourtant si continue et égale , qu'elle ne change aussi , mais moins brusquement, si ce n'est réellement, comme quand on voyage; et alors on dit : Il me semble que je rêve ; car la vie est un songe un peu moins inconstant.
Nous supposons que tous les hommes conçoivent et sentent de la même sorte les objets qui se présentent à eux : mais nous le supposons bien gratuitement , car nous n'en avons aucune preuve. Je vois bien qu'on applique les mêmes mots dans les mêmes occasions, et que toutes les fois que deux hommes voient, par exemple, de la neige (21), ils expriment tous deux la vue de ce même objet par les mêmes mots , en disant l'un et l'autre qu'elle est blanche; et de cette conformité d'application on tire une puissante conjecture d'une conformité d'idées : mais cela n'est pas absolument
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convaincant, quoiqu'il y ait bien à parier pour l'affirmative.
Quand nous voyons un effet arriver toujours de même , nous en concluons une nécessité naturelle, comme qu'il sera demain jour, etc.; mais souvent la nature nous dément , et ne s'assujettit pas à ses propres règles.
Plusieurs choses certaines sont contredites; plusieurs fausses passent sans contradiction : ni la contradiction n'est marque de fausseté, ni l'incontradiction n'est marque de vérité.
Quand on est instruit, on comprend que, la nature portant l'empreinte de son auteur gravée dans toutes choses, elles tiennent presque toutes de sa double infinité. C'est ainsi que nous voyons que toutes les sciences sont infinies en l'étendue de leurs recherches. Car qui doute que la géométrie, par exemple, a une infinité d'infinités de propositions à exposer? Elle sera aussi infinie dans la multitude et la délicatesse de leurs principes ; car qui ne voit que ceux qu'on propose pour les derniers ne se soutiennent que d'euxmêmes , et qu'ils sont appuyés sur d'autres, qui, en ayant d'autres pour appui , ne souffrent jamais de derniers.
On voit, d'une première vue, que Farithmé-