PREMIÈRE PARTIE, ART. VI. IO
tique seule fournit des principes sans nombre , ît chaque science de même.
Mais si l'infinité en petitesse est bien moins risible, les philosophes ont bien plutôt prétendu y arriver; et c'est là où tous ont choppé. C'est ce qui a donné lieu à ces titres si ordi-* naires , des Principes des choses , des Principes de la philosophie, et autres semblables, aussi fastueux en effet, quoique non (*) en apparence, que cet autre qui crève les yeux (22) , de omni scibili (**).
Ne cherchons donc point d'assurance et de fermeté. Notre raison est toujours déçue par l'inconstance des apparences ; rien ne peut fixer le fini entre les deux infinis qui l'enferment et le fuient. Cela étant bien comprisse crois qu'on s'en tiendra au repos (23) , chacun dans l'état où la nature l'a placé. Ce milieu qui nous est échu, étant toujours distant des extrêmes, qu'importe que l'homme ait un peu plus d'intelligence des choses ? S'il en a, il les prend d'un peu plus haut. N'est-il pas toujours infiniment éloigné des extrêmes ? et la durée de notre plus longue vie n'est-elle pas infiniment éloignée de l'éternité?
Dans la vue de ces infinis, tous les finis sont
(*) Quelques éditions mettent moins au lieu de non.
(** ) C'est le titre des thèses que Jean Pic de La Mirandole soutint avec grand éclat à Rome , à. l'âge de vingt-quatre ans, en 1487.
égaux; et je ne vois pas pourquoi asseoir son *
imagination plutôt sur l'un que sur l'autre. La -
seule comparaison que nous faisons de nous au ï
fini, nous fait peine (24). *