PREMIÈRE PARTIE, ART. IX
Quand on veut reprendre avec utilité , et montrer à un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel côté il envisage la chose ( car elle est vraie ordinairement de ce côté-là) , et lui avouer sette vérité. Il se contente de cela, parce qu'il roit qu'il ne se trompoit pas, et qu'il manquoit seulement à voir tous les côtés. Or on n'a pas le honte de ne pas tout voir ; mais on ne veut pas s'être trompé ; et peut-être qu« cela vient de ce que naturellement l'esprit ne peut se tromper dans le côté qu'il envisage, comme les appréhensions des sens sont toujours vraies.
La vertu d'un homme ne doit pas se mesurer par ses efforts , mais par ce qu'il fait d'ordinaire.
XXXI (5i).
Les grands et les petits ont mêmes accidents , mêmes fâcheries et mêmes passions; mais les uns sont au haut de la roue, et les autres près du centre , et ainsi moins agités par les mêmes mouvements.
Quoique les personnes n'aient point d'intérêt à ce qu'ils disent , il ne faut pas conclure de là absolument qu'ils ne mentent point; car il y a des gens qui mentent simplement pour mentir.
l5ô PENSEES DE PASCAL,
XXXIII (5a).
L'exemple de la chasteté d'Alexandre iTa pas tant fait de continents que celui de son ivrognerie a fait d'intempérants. On n'a pas de honte de n'être pas aussi vertueux que lui , et il semble excusable de n'être pas plus vicieux que lui. Or croit n'être pas tout-à-fait dans les vices du com mun des hommes, quand on se voit dans le* vices de ces grands hommes ; et cependant ot ne prend pas garde qu'ils sont en cela du com mun des hommes. On tient à eux par le bou par où ils tiennent au peuple. Quelque élevé qu'ils soient, ils sont unis au reste des homme* par quelque endroit. Us ne sont pas suspendu* en l'air et séparés de notre société. S'ils son! plus grands que nous , c'est qu'ils ont la tète plus élevée; mais ils ont les pieds aussi bas que les nôtres. Us sont tous à même niveau, et s'appuient sur la même terre; et par cette extrémité, ils sont aussi abaissés que nous, que les enfants,
que les bêtes.
C'est le combat qui nous plaît , et non pas la victoire. On aime à voir les combats des animaux , non le vainqueur acharné sur le vaincu. Que vouloit-on voir, sinon la fin de la victoire? Et dès qu'elle est arrivée , on en est saoul. Ainsi dans le jeu ; ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir dans les disputes le combat des opinions; mais de contempler la vérité trouvée