‹ Œuvres de Blaise PascalChapitre 89 sur 143 · PREMIERE PARTIE, ART. X. l · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE, ART. X. l

cipes bien éclaircis. Et les esprits fins , qui ne sont que fins, ne peuvent avoir la patience de descendre jusqu'aux premiers principes des choses spéculatives et d'imagination, qu'ils n'ont jamais vues dans le monde et dans l'usage,

11 arrive souvent qu'on prend , pour prouver certaines choses,' des exemples qui sont tels, qu'on pourrait prendre cçs choses pour prouver ces exemples : ce qui ne laisse pas de faire son effet; car, comme on croit toujours que la difficulté est à ce qu'on veut prouver, on trouve les exemples plus clairs. Ainsi , quand on veut montrer une chose générale, on donne la règle particulière d'/m cas. Mais si on veut montrer un cas particulier, on commence par la règle générale. On -trouve toujours obscure, la chose qu'on veut prouver, et claire celle qu'on emploie à la prouver; car, quand on propose une chose à prouver, d'abord on se remplit de cette imagination qu'elle est donc obscure ; et au contraire, que celle qui doit la prouver est claire, et ainsi on l'entend aisément.

Tout notrç raisonnement se réduit à céder au sentiment. Mais la fantaisie est semblable et contraire au sentiment; semblable, parce qu'elle ne raisonne point; contraire, parce qu'elle est fausse : de sorte qu'il est bien difficile de distin-

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guer entre ces contraires. L'un dit que mon sentiment est fantaisie , et que sa fantaisie est sentiment; et j'en dis de même de mon côté. On auroit besoin d'une règle. La raison s'offre; mais elle est pliable à tous sens ; et ainsi il n'y en a

point.

Ceux qui jugent d'un ouvrage par règle sont, à l'égard des autres, comme ceux qui ont une montre à l'égard de ceux qui n'en ont point. L'un dit : Il y a deux jieures que nous sommes ici. L'autre dit : Il n'y a que trois quarts d'heure. Je regarde ma montre; je dis à l'un : Vous vous ennuyez; et à l'autre : Lé temps ne vous dure guère ; car il y a une heure et demie ; et je me moque de ceux qui me disent que le temps me dure à moi, et que j'en juge par fantaisie : ils ne savent pas que j'en juge par ma montre (58).

Il y en a qui parlent bien , et qui n'écrivent pas de même. C'est que le lieu , les assistants^, etc , les échauffent, et tirent de leur esprit plus qu'ils n'y trouveroient sans cette chaleur.

. Ce que Montaigne a de bon ne peut être acquis que difficilement. Ce qu'il a de mauvais (j'entends hors les mœurs ) eût pu être corrigé en un moment , si on l'eût averti qu'il faisoit < trop d'histoires , et qu'il parloit trop de soi.

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