IX
Il y a des gens qui voudroient Vju'un auteur ne parlât jamais des choses dont les autres ont parlé; autrement on l'accuse de ne rien dire de nouveau. Mais si les matières qu'il traite ne sont pas nouvelles , la disposition en est nouvelle. Quand on joue à la paume , c'est une même balle dont on joue l'un et l'autre; mais l'un la place mieux. J'aimerais autant qu'on l'accusât de se servir des mots anciens : comme si les mêmes pensées ne formoient pas un autre corps de discours par une disposition différente , aussibien que les mêmes mots forment d'autres pensées par les différentes dispositions.
On se persuade mieux , pour l'ordinaire , par les raisons qu'on a trouvées soi-même, que par celles qui sont venues dans l'esprit des autres.
I/esprit croit naturellement, et la volonté aime naturellement ; de sorte que , faute de vrais objets, il faut qu'ils s'attachent aux faux.
ï68 PETCSÉES DE PASCAL,
Ces grands efforts d'esprit où l'âme touche ;
quelquefois 9 sont choses où elle ne se tient pas.
Elle y saute seulement, mais pour retomber
aussitôt.
L'homme n'est ni ange, ni bête ; et le malheur veut que qui veut faire l'ange , fait la bête.
Pourvu qu'on sache la passion dominante de quelqu'un , on est assuré de lui plaire , et néanmoins chacun a ses fantaisies contraires à son propre bien, dans l'idée même qu'il a du bien : et c'est une bizarrerie qui déconcerte ceux qui veulent gagner leur affection.
Un cheval ne cherche point à se faire admirer de son compagnon. On voit bien entre eux quelque sorte d'émulation à la course ; mais c'est sans conséquence : car, étant à l'étable , le plus pesant et le plus mal taillé ne cède pas pour cela son avoine à l'autre. Il n'en est pas de même parmi les hommes : leur vertu ne se satisfait pas d'elle-même, et ils ne sont point contents s'ils n'en tirent avantage contre les autres.
XVÏ.
Comme on se gâte l'esprit, on se gâte aussi le „ sentiment. On se forme l'esprit et le sentiment