PREMIÈRE PARTIE, ART. X
par les conversations. Ainsi les bonnes ou les mauvaises le forment ou le gâtent. Il importe donc de tout bien savoir choisir pour se le former et ne point le gâter; et on ne sauroit faire ce choix, si on ne l'a déjà formé et point gâté. Ainsi cela fait un cercle, d'où bienheureux sont ceux qui sortent.
Lorsque dans les choses de la nature , dont la connoissance ne nous est. pas? nécessaire, il y en a dont on ne sait pas la vérité; il n'est peutêtre pas mauvais qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des hommes , comme , par exemple , la lune , à qui on attribue les changements de temps, le progrès des maladies , etc. Car c'est une des principales maladies de l'homme , que d'avoir une' curiosité inquiète pour les choses qu'il ne peut savoir ; et je ne sais si ce ne lui est point un moindre mal d'être dans l'erreur pour les choses de cette nature , que d'être dans cette curiosité inutile.
Si la foudrç tomboit sur les lieux bas , les
poètes et ceux qui ne savent raisonner que sur
les choses de cette nature, manqueroient de
preuves.
L'esprit a son ordre , qui est par principes et démonstrations; le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu'on doit être aimé, en exposant
par ordre les causes de l'amour : cela seroit ridicule.
Jésus-Christ et saint Paul ont bien plus suivi cet ordre du cœur, qui est celui de la charité, que celui de l'esprit ; car leur but principal n'étoit pas d'instruire, mais d'échauffer. Saint Augustin de même. Cet ordre consiste principalement à la digression sur chaque point qui a rapport à la fin , pour la montrer toujours.