‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 100 sur 164 · SUR LE RESPECT DU A LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

SUR LE RESPECT DU A LA VÉRITÉ

nements étrangers, que nous sommes contraints quelquefois de rechercher pour l'amour de vous; puisque telle est votre délicatesse , que vous ne pouvez goûter Jésus-Christ tout seul dans la simplicité de son Évangile : tranchez , décidez , censurez, exercez là-dessus votre bel esprit, nous ne nous en plaignons pas. En quoi donc nous plaignons-nous justement que vous méprisez notre travail? en ce que vous nous écoutez , et que vous ne nous croyez pas ; en ce qu'on ne vit jamais un si grand concours , et si peu de componction ; en ce que nous recevons assez de compliments , et que nous ne voyons point de pénitence.

Saint Augustin, étant dans la chaire, a dit autrefois à ses auditeurs : Considérez , mes frères , que « notre vie est pénible et laborieuse , « accompagnée de grands périls. « Après avoir ainsi représenté ses travaux et ses périls : « Con- « solez-nous en bien vivant : » Vitam nostram infirmam, laboriosam, periculosam , in hoc mundo consolamini bene vivendo\ Je puis bien parler après ce grand homme , et vous représenter avec lui doucement , en simplicité de cœur, qu'en effet notre vie est laborieuse. Nous usons nos esprits à chercher dans les saintes Lettres et dans les écrivains ecclésiastiques ce qui est utile à votre salut , à choisir les matières qui vous sont propres, à nous accommoder autant qu'il se peut à la capacité de tout le monde : il faut trouver du pain pour les forts et du lait pour les enfants. Eh ! c'est assez parler de nos peines , nous ne vous les reprochons pas : après tout , c'est notre devoir ; si le travail est fâcheux , l'oisiveté d'autre part n'est pas supportable.

Mais si vous avez peu d'égard à notre travail, ah ! ne comptez pas pour rien notre péril. Quel péril ? nous sommes responsables devant Dieu de ce que nous vous disons : est-ce tout? et de ce que nous vous taisons. Si nous dissimulons vos •vices , si nous les déguisons , si nous les flattons, si nous désespérons les faibles , si nous flattons les présomptueux. Dieu nous en fera rendre compte. Est-ce là tout notre péril? non, mes frères , ne le croyez pas; notre plus grand péril , c'est lorsque nous faisons notre devoir. J'ai quelque peine, messieurs, à vous parler de notre emploi : ce qui m'y fait résoudre, c'est que j'en espère pour vous de l'instruction ; et ce qui me rassure, c'est que je ne parle pas de moi-même.

Saint Augustin dit : Nous devons souhaiter pour votre bien que vous approuviez nos discours; car quel fruit peut-on espérer, si vous n'approuvez pas ce que nous disons? C'est donc

' In Joan. Tract. XTiii, n" 12, t. m , part, n, col. 436.

ce que nous devons désirer le plus , et c'est ce que nous avons le plus à craindre. Dispensez-moi , messieurs, de vous expliquer plus au longce que vous devez assez entendre. Ah ! cessons de parler ici de nous-mêmes. Venons à la conclusion de saint Augustin : Consolamini bene vivendo; nolite nos adterere malis moribus vestris^ : « Consolez-nous en bien vivant; ne nousacca- « blez pas par vos mœurs déréglées. » Parmi tant de travaux et tant de périls , quelle consolation nous peut-il rester, que dans l'espérance de gagner les âmes? Nous ne sommes pas si malheureux , qu'il n'y en ait qui profitent de notre parole ; mais voici , dit saint Augustin , ce qui rend notre condition misérable : In occulto est unde gaudeam, in publico est unde torquear^ : « Ce qui nous fâche est public ; ce qui nous con- « sole est caché : » nous voyons triompher hautement le vice qui nous afflige , et nous ne voyons pas la pénitence qui nous édifie. Luceat lux vestra coram hominibus^ : « Que votre lumière « luise devant les hommes. »

DEUXIEME SERMON

LE DIMANCHE DE LA PASSION

Force et empire de la vérité. Principe de la haine que les hommes lui portent : en combien de manières ils la haïssent. Nécessité de la simplicité et de la bonne foi , pour bien régler notre conscience. Origine des doutes et des fausses subtilités qu'on se forme dans la morale. Funestes suites des efforts que nous faisons contre la vérité inhérente en nous. Par quels degrés nous tombons dans un si grand mal : quels en sont le» progrès et les remèdes.

Si veritatem dico vobis , quare non creditis mihi.' Si je vous dis la vérité, pourquoi refusez-vous de me croire P Joan. vni, 46.

On a dit , il y a longtemps , qu'il n'y a rien de plus fort que la vérité ; et cela se doit entendre particulièrement de la vérité de l'Évangile. Cette vérité, chrétiens, que la foi nous propose en énigme , comme parle l'apôtre saint Paul , paraît dans le ciel à découvert , révérée de tous les esprits bienheureux : elle étend son empire jusqu'aux enfers ; et quoiqu'elle n'y trouve que ses ennemis , elle les force néanmoins de la reconnaître. « Les démons la croient , dit saint Jac- « ques * ; et non-seulement ils croient , mais ils « tremblent. » Ainsi la vérité est respectée dans le ciel et dans les enfers. La terre est au milieu, et c'est là seulement qu'elle est méprisée. Les

' Loco mox cilalo.

» Serm, ccfixcii, n» 6, t. v, col. i506,

î Matth. V, 16.

* Jac. II, 19.

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