‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 99 sur 164 · SUR LES VAINES EXCUSES DES PÉCHEURS · texte numérisé non relu

SUR LES VAINES EXCUSES DES PÉCHEURS

milieu aes épines : « Le buisson porte un fruit « qui ne lui appartient pas, mais qui n'en est « pas moins le fruit de la vigne , quoiqu'il soit « appuyé sur le buisson : » Portât fructum spina non suum,; non enim spinam vitis attulit; sed spinis palmes incubuit '.

Ainsi la chaire de Moïse dont parle le Fils de Dieu dans son Évangile; et disons, pour nous appliquer cette doctrine, la chaire de Jésus-Christ et des apôtres que nous remplissons dans l'Église, c'est une vigne sacrée ; la doctrine enseignée par les mauvais , c'est la branche de cette vigne qui produit son fruit sur le buisson. Ne dédaignez pas ce raisin , sous prétexte que vous le voyez parmi des épines ; ne rejetez pas cette doctrine, parce qu'elle est environnée de mauvaises mœurs : elle ne laisse pas de venir de Dieu ; et vous devez regarder de quelle racine elle est née , et non pas sur quel appui elle est soutenue : Lege uvam inier spinas pendentem, sed de vite nasçentem ^. Approchez, et ne craignez pas de cueillir ce raisin parmi ces épines; mais prenez garde, dit saint Augustin , que vous ne déchiriez votre main en le cueillant; c'est-à-dire, recevez la bonne doctrine , gardez- vous du mauvais exemple ; faites ce qu'ils disent , prenez le raisin ; ne faites pas ce qu'ils font , gardez- vous des épines ; et craignez, dit saint Augustin en un autre endroit , que vous ne vous priviez vous-mêmes de la nourriture de la vérité, pendant que votre délicatesse et votre dégoût vous fait toujours chercher quelque nouveau sujet de dégoût, ou dans le vaisseau où l'on vous le présente, ou dans l'assaisonnement : Veritas tibi undelibet loqitatnr, esuriens accipe , ne unquam ad te perveniat, dum semper quod reprehendas in vasculos fastidiosus. . . inquiris ^ .

Cessez donc de travailler vos esprits à rechercher curieusement notre vie. Ne dites pas : J'ai découvert les intrigues de celui-là et les secrètes prétentions de cet autre : ne dites pas que vous avez reconnu son faible , et que vous avez enfin découvert à quoi tendent tant de beaux discours. Vaine et inutile recherche : car outre que vous imposez souvent à leur innocence ; quand ce que vous leur reprochez serait véritable, quelle merveille, messieurs, d'avoir trouvé des péchés dans des pécheurs, et dans des hommes des défauts humains ? Ce n'est pas ce qui est digne de votre recherche : ce qui mérite l'application de votre esprit , c'est premièrement, chrétiens, de vous souvenir de ce que vous êtes, et de ne ju-

• In Joan. Tract. xLvi, n" 6, t. iii, part, ii, col. C05. , * Serm. xlvi, n''22, t. V, col. 237. » In Ps. XXXVI. Serm. m, u" 20, t. IV, col. 293.

ger pas témérairement. Fussiez vous des souverains fussiez-vous des rois; dans l'Église de Dieu, [vous êtes comptés parmi] le peuple et les brebis : par conséquent ne reprenez pas les oints du Seigneur, les ministres de ses sacrements et de sa parole.

Mais si le mal est si manifeste qu'il ne puisse plus se dissimuler, ne perdez pas le respect pour la vérité à cause de celui qui la prêche : admirez au contraire, admirez en nous-mêmes l'autorité, la force de la loi de Dieu, en ce qu'elle se fait honorer même par ceux qu'elle condamne, et les contraint de disposer contre eux-mêmes en sa faveur. Enfin, ne croyez pas vous justifier en débitant par le monde les vices des autres ; songez qu'il y a un tribunal où chacun sera jugé par ses propres faits. Jésus-Christ a condamné l'aveugle qui mène ; mais il n'a pas absout l'aveugle qui suit ; « ils se perdent tous deux dans la même 0 fosse : » Amho infoveam cadunt^. Ainsi, mes frères, la chute de ceux que vous voyez audessus de vous dans les fonctions ecclésiastiques, bien loin de vous porter au relâchement , vous doit inspirer de la crainte, et vous faire d'autant plus trembler, que vous voyez tomber les colonnes mêmes : Non sit delectatio minorum lapsus majorum, sed sit casus majorum tremor minorum '. '

Nous avons ouï avec patience une partie des reproches que vous faites aux prédicateurs ; et l'intérêt de votre salut nous a obligé d'y répoudre par des maximes tirées de l'Évangile : maintenant écoutez, messieurs, les justes plaintes que nous faisons de vous; il est bien raisonnable que vous nous écoutiez à votre tour, d'autant plus que nous ne parlons pas pour nous-mêmes, mais pour votre utilité. Nous nous plaignons donc, chrétiens, et nous nous en plaignons à Dieu et aux hommes, nous nous en plaignons à vous-mêmes , que vous faites peu d'état de notre travail : ce que je veux dire, messieurs, ce n'est pas que vous preniez mal nos pensées , que vous censuriez nos actions et nos discours ; tout cela est trop peu de chose pour nous émouvoir. Quoi ! cette période n'a pas ses mesures , ce raisonnement n'est pas dans son jour, cette comparaison n'est pas bien tournée? c'est ainsi qu'on parle de nous ; nous ne sommes pas exempts des mots de la mode. Dites, dites ce qu'il vous plaira : tous ces reproches sont un jeu d'enfant qui n'est pas digne de l'attention de gens qui sont occupés à un ministère si grave et si sérieux. Nous abandonnons de bon cœur à votre censure ces or-

' Matth. XV, 14.

^ S. Au(j. in P*. L, n» 3, t. IV, col. 463.

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