‹ uvres de Bossuet (volume 2)Chapitre 104 sur 164 · SUR LA HAINE DES HOMMES POUR LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA HAINE DES HOMMES POUR LA VÉRITÉ

de nous !... Choisissons un liorame d'une vigueur apostolique, qui nous fasse rentrer en nousmêmes.

TROISIÈME SERMON

POUR

LE DIMANCHE DE LA PASSION

Étrange égarement de l'esprit humain. Nature et effets de la haine que les hommes portent à la vérité. De quelle manière Dieu vengera les outrages qui lui sont faits. Comment elle réside en nous , et comment nous la combattons et nous la falsifions dans notre conscience et dans nos mœurs. .Utilité de la correction fraternelle : combien elle est odieuse aux pécheurs. Véritable esprit de la condescendance chrétienne. Terrible jugement de Dieu sur ceux qui connaissent la vérité , et qui la méprisent.

Ned potest mundus odisse vos ; me autem odit quia testinaonium perhibeo de illo, quod opéra ejus mala sunt.

Le monde ne peut point vous haïr ; et il me hait parce que je rends témoignage de lui, que ses œuvrer sont mauvaises. Joan. vu, 7.

Les hommes, presque toujours injustes, le sont en ceci principalement , que la vérité leur est odieuse et qu'ils ne peuvent souffrir ses lumières. Ce n'est pas qu'ils ne pensent tous avoir de l'amour pour elle ; et en effet, chrétiens, quand la vérité ne fait autre chose que de se montrer ellemême dans ses belles et adorables maximes , un cœur serait bien farouche, qui refuserait son affection à sa divine beauté : mais lorsque ce même éclat , qui ravit nos yeux, met au jour nos imperfections et nos défauts , et que la vérité , non contente de nous montrer ce qu'elle est, vient à nous manifester ce que nous sommes; alors, comme si elle avait perdu toute sa beauté en nous découvrant notre laideur, nous commençons aussitôt à la haïr, et ce beau miroir nous déplaît à cause qu'il est trop fidèle. Étrange égarement de l'esprit humain , que nous souffrions en nousmêmes si facilement des maux dont nous ne pouvons supporter la vue ; que nous ayons les yeux plus tendres et plus délicats que la conscience ; et que pendant que nous haïssons tellement nos vices que nous ne pouvons les voir, nous nous y plaisions tellement, que nous ne craignions pas de les nourrir : comme si notre âme insensée mettait son bonheur à se tromper elle-même, et se délivrait de ses maux en y ajoutant le plus grand de tous , qui est celui de n'y penser pas et celui même de les méconnaître ! C'est , messieurs, un si grand excès qui fait que le Sauveur se plaint , dans mon texte , que le monde le hait à cause qu'il découvre ses mauvaises œuvres; et comme il n'est que trop vrai que nous sommes coupables du même attentat que Jésus-Christ a

repris dans les Juifs ingrats, il est juste que nous invoquions toute la force du Saint-Esprit contre l'injustice des hommes qui haïssent la vérité, et que nous demandions pour cela les puissantes intercessions de celle qui l'a conçue et qui Fa enfantée au monde : c'est la divine Marie , que nous saluerons avec l'ange.

« Tous ceux qui font mal , dit le Fils de Dieu ' , « haïssent la lumière et craignent de s'en appro- « cher, à cause qu'elle découvre leurs mauvai- « ses œuvres. » S'ils haïssent la lumière, ils haïssent par conséquent la vérité qui est la lumière de Dieu , et la seule qui peut éclairer les yeux de l'esprit. Mais , afin que vous entendiez de quelle sorte et par quels principes se forme en nous cette haine de la vérité , écoutez une belle doctrine du grand saint Thomas en sa seconde partie % où il traite expressément cette question.

Il pose pour fondement que le principe de la haine, c'est la contrariété et la répugnance, tellement que les hommes ne sont capables d'avoir de l'aversion pour la vérité, qu'autant qu'ils la considèrent dans quelque sujet particulier où elle combat leurs inclinations. Or nous la pouvons considérer ou en tant qu'elle réside en Dieu , ou en tant que nous la sentons en nousmêmes , ou en tant qu'elle nous paraît dans les autres ; et comme , en ces trois états , elle contrarie les mauvais désirs, elle est aussi l'objet de la haine des hommes déréglés et mal vivants. Et en effet, chrétiens, ces lois immuables de la vérité sur lesquelles notre conduite doit être réglée , soit que nous les regardions en leur source , c'est-à-dire en Dieu , soit que nous les écoutions parler en nous-mêmes dans ïe secret de nos cœurs, soit qu'elles nous soient montrées par les autres hommes nos semblables , crient toujours contre les pécheurs , quoique avec des effets très-différents. En Dieu qui est le juge suprême , la vérité les condamne ; en eux-mêmes et dans leur propre conscience, elle les trouble; dans les autres hommes , elle les confond : et c'est pourquoi partout elle leur déplaît. « L'homme sujet à s'eni- « vrer hait nécessairement celui qui est sobre ; « l'impudique, celui qui est chaste ; l'injuste, celui « qui est juste ; et il ne peut soutenir la présence « d'aucun saint , parce qu'elle est comme un far- « deau qui accable sa conscience : » Oderit enimnecesse est ebriosus sodrium, continentem impudicus, justum iniquus; et tanquam conscientiœ onus, prœsentiam sancti cujîisgue non sustinet ^. Ainsi, en quelque manière que Jé-

' Joan. lU , 20.

* I. 2. Qnœst. XXIX, art. 5.

' S. Hilar. Tract, in Ps. CXYIH, n* 10 , cel. 301.

SUR LA HAINE DES HOMMES

sus-Christ nous enseigne , soit par les oracles | qu'il prononce dans son Évangile, soit par les lumières intérieures qu'il répand dans nos consciences, soit par les paroles de vérité qu'il met ; dans la bouche de nos frères , il a raison de se plaindre que les hommes du monde le haïssent, i à cause qu'il censure leur mauvaise vie. Ils haïssent la vérité, parce qu'ils voudraient premièrement que ce qui est vrai ne fût pas vrai : ensuite Ils voudraient du moins ne le pas connaître ; et parce qu'ils ne veulent pas le connaître, ils ne veulent pas non plus qu'on les avertisse. Au contraire, messieurs, nous devons apprendre à aimer la vérité partout où elle est , en Dieu , en nousmêmes, dans le prochain; afm qu'en Dieu elle nous règle , en nous-mêmes elle nous excite et nous éclaire, dans le prochain elle nous reprenne et nous redresse : et c'est le sujet de ce discours.

PBEMIEH POINT.

Les fidèles n'ignorent pas que les lois primitives et invariables qui condamnent tous les vices, sont en Dieu éternellement; et il m'est aisé de vous faire entendre que la haine qu'ont les pécheurs pour la vérité , s'emporte jusqu'à l'attaquer dans cette divine source. Car comme j'ai déjà dit que le principe de la haine c'est la répugnance , et qu'il n'y a point de plus grande contrariété que celle des hommes pécheurs avec ces lois premières et originales; il s'ensuit que leur aversion pour la vérité s'étend jusqu'à celle qui est en Dieu , ou plutôt qui est Dieu même : en telle sorte , messieurs , que l'attache aveugle au péché porte en nous nécessairement une secrète disposition qui fait désirer à l'homme de pouvoir détruire ces lois , et la sainte vérité de Dieu qui en est le premier principe. Mais pour comprendre l'audace de cet attentat , et en découvrir les conséquences, il faut que je vous explique avant toutes choses la nature de la haine.

Toutefois ne croyez pas, chrétiens, que je veuille faire en ce lieu une recherche philosophique sur cette cruelle passion , ni vous rapporter dans cette chaire ce qu'Aristote nous a dit de son naturel malin. J'ai dessein de vous faire voir par les Écritures divines que la haine imprime dans l'âme un désir de destruction , et, si je puis l'appeler ainsi, une intention meurtrière; c'est le disciple bien-aimé qui nous l'enseigne en ces termes : Qui oditfratrem suum homicida est ' : « Celui qui hait son frère est homicide. » U ne dit pas, chrétiens, celui qui répand son sang, ou qui lui enfonce un couteau dans le sein ; mais, celui qui le hait est homicide : tant la haine est

» I. Joan. m, s.

cruelle et malfaisante. En effet , il est déjà trèsindubitable que nous faisons mourir dans notre cœur celui que nous haïssons ; mais il faut dire de plus qu'en l'éloignant de notre cœur, nous ne le pouvons souffrir nulle part. Aussi sa présence blesse notre vue ; se trouver avec lui dans un même lieu, nous paraît une rencontre funeste; tout ce qui vient de sa part nous fait horreur ; et si nous ne réprimions cette maligne passion , nous voudrions être entièrement défaits de cet objet odieux : telle est l'intention secrète de la haine ; et c'est pourquoi l'apôtre saint Jean l'appelle homicide. Par où vous voyez, mes frères , combien il est dangereux d'être emporté par la haine , puisque Dieu punit comme meurtriers tous ceux qui s'y abandonnent.

Mais revenons à notre sujet, et appliquons aux pécheurs la doctrine de ce grand apôtre. Tous ceux qui transgressent la loi de Dieu haïssent sa vérité sainte , puisque non-seulement ils l'éloignent d'eux , mais encore qu'ils lui sont contraires ; la détruisant en eux-mêmes , et ne lui donnant aucune place dans leur vie, ils voudraient la pouvoir détruire partout où elle est , et principalement dans son origine : ils s'irritent contre ces lois, ils se fâchent que ce qui leur plaît désordonnément leur soit si sévèrement défendu ; et se sentant trop pressés par la vérité , ils voudraient qu'elle ne fût pas. Car que souhaite davantage un malfaiteur, que l'impunité dans son crime? et pour avoir cette impunité, ne voudrait-il pas pouvoir abolir et la loi qui le condamne, et la vérité qui le convainc, et la puissance qui l'accable? et tout cela n'est-ce pas Dieu même , puisqu'il est lui-même sa vérité, sa puissance et sa justice? C'est pourquoi le Psalmiste a prononcé : « L'insensé a dit dans son « cœur : H n'y a point de Dieu ' ; » et saint Augustin, expliquant ces mots, dit que « ceux qui ne « veulent pas être justes, voudraient qu'il n'y « eût au monde ni justice, ni vérité, pour con- « damner les criminels : » Cum esse volunt mali^ nolunt esse veritatem qua damnantur mali \

Considérez , ô pécheurs , quelle est votre audace : c'est à Dieu que vous en voulez ; et puisque ses vérités vous déplaisent, c'est lui que vous haïssez, et que vous voudriez qu'il ne fût pas : Nolumus hune regnare super nos ^ : » Nous ne « voulons point que celui-ci soit notre roi. »

Mais afin que nous entendions que tel est le désir secret des pécheurs , Dieu a permis , chrétiens, qu'il se soit enfin découvert en la personne de son Fils. 11 a envoyé Jésus-Christ au monde ,

' Ps. LU, I.

' In Joan. Tract, xc, t. m., pari, ii, col. 731. ' Luc. XIX , 1 4.

POUR LA VERITE

c'est-à-dire, il a envoyé sa vérité et sa parole. Qu'a fait au monde ce divin Sauveur? Il a censuré hautement les pécheurs superbes , il a découvert les hypocrites , il a confondu les scandaleux , il a été un flambeau qui a mis à chacun devant les yeux toute la honte de sa vie. Quel en a été l'événement? Vous le savez, chrétiens, et Jésus- Christ l'a exprimé dans les paroles de mon texte. n Le monde me hait , dit-il , parce que je rends « témoignage que ses œuvres sont mauvaises ' ; » et ailleurs, en parlant aux Juifs, « C'est pour « cela , dit-il , que vous voulez me tuer, parce « ([ue ma parole ne prend point en vous *, » et que ma vérité vous est à charge. Si donc c'est la vérité qui a rendu Jésus-Christ odieux au monde , si c'est elle que les Juifs ingrats ont persécutée en sa personne ; qui ne voit qu'en combattant par nos mœurs la doctrine de Jésus-Christ, nous nous liguons contre lui avec ces perfides, et que nous entrons bien avant dans la cabale sacrilège qui a fait mourir le Sauveur du monde? Oui, mes frères, quiconque s'oppose à la vérité, et aux lois immuables qu'elle nous donne , fait mourir spirituellement la justice et la sagesse éternelle qui est venue nous les apprendre , et se revêtit d'un esprit de Juif pour crucifier, comme dit l'apôtre, Jésus-Christ encore une fois : rursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei ^. Et ne dites pas, chrétiens, que vous ne combattez pas la vérité sainte que Jésus-Christ a prêchée , puisqu'au contraire vous la professez ; car ce n'est pas en vain que le même apôtre a prononcé ces paroles : » Ils professent de connaître Dieu , et ils « le renient par leurs œuvres : » Confitentur se nosse Deum,factis autem negant^. Les œuvres parlent à leur manière , et d'une voix bien plus forte que la bouche même ; c'est là que paraît tout le fond du cœur.

Par conséquent, messieurs, nos aversions implacables et nos vengeances cruelles combattent contre la bonté de Jésus-Christ ; nos intempérances s'élèvent contre la pureté de sa doctrine, notre orgueil contredit les mystérieuses humilialions de ce Dieu-homme ; notre insatiable avarice, qui semble vouloir engloutir le monde et tous ses trésors , s'oppose de toute sa force à cette immense prodigalité par laquelle il a tout donné jusqu'à son sang et sa vie ; et notre ambition et notre orgueil, qui montent toujours, contrarient autant qu'ils le peuvent les anéantissements de ce Dieuhomme et la sublime bassesse de sa croix et de ses souffrances. Ainsi, c'est en vain que nouspro-

' Joan. VII , 7.

^ Ihid. VIII , 37.

' Hebr. vi, 6.

* Itt. 1 , 16.

fessons la doctrine de Jésus-Christ que nous combattons par nos œuvres : notre vie dément nos paroles, et fait bien voir, comme disait Salvien , que « nous ne sommes chrétiens qu'à la honte de «Jésus-Christ et de son Évangile, » christiani ad contumeliam Christi ' .

Que s'il est ainsi , chrétiens, si nous combattons par nos œuvres la sainte vérité de Dieu , qui ne voit combien il est juste qu'elle nous combatte aussi à son tour, et qu'elle s'arme contre nous de toutes ses lumières pour nous confondre , de toute son autorité pour nous condamner, de toute sa puissance pour nous perdre? Il est juste et très-juste que Dieu éloigne de lui ceux qui le fuient , et qu'il repousse violemment ceux qui le rejettent. C'est pourquoi, comme nous lui disons tous les jours : Retirez-vous de nous. Seigneur, « nous ne voulons pas vos voies : » Scientiam viarum tuarum nolumus ^ ; il nous dira à son tour : « Retirez- vous de moi , maudits ; et , Je ne vous « connais pas 3 : » et après que sa vérité aura prononcé de toute sa force cet anathème , cette exécration , cette excommunication éternelle , en un mot ce Discedite , « Retirez-vous ; » où iront-ils , ces malheureux ennemis de la vérité et exilés de la vie? où , étant chassés du souverain bien , sinon au souverain mal? où, en perdant l'éternelle bénédiction, sinon à la malédiction éternelle? où, éloignés du séjour de paix et de tranquillité immuable, sinon au lieu d'horreur et de désespoir? Là sera le trouble , là le ver rongeur, là les flammes dévorantes, là enfin seront les pleurs et les grincements de dents : Ibi eritfletus etstridor dentium ^.

0 mes frères ! qu'il sera horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, quand il entreprendra de venger sur nous sa vérité outragée plus encore par nos œuvres que par nos paroles! Je tremble en disant ces choses. Et, certes, quand ce serait un ange du ciel qui dénoncerait aux mortels ces terribles jugements de Dieu, le sentiment de compassion le ferait trembler pour les autres, maintenant que j'ai à craindre pour vous et pour moi, quel doit être mon étonnement, etcomibien dois-je être saisi de frayeur I

Cessons donc, cessons chrétiens, de nous opposer à la vérité de Dieu ; n'irritons pas contre nous une ennemie si redoutable ; réconcilions-nous bientôt avec elle, en composant notre vie selon ses préceptes ; « de peur, dit le Fils de Dieu , que « cet adversaire implacable ne nous mène devant « le juge , et que le juge ne nous livreà l'exécuteuf

' De Gubernat. Dei, lib. Vlii, u' 2, p. 188.

» Job. XXI, 14.

' Maltk. XXV, 41. Luc. xifl, 27.

4 A/atlh. xiu, 42.

SUR LA HAINE DES HOMMES

'■ qui nous jettera dans un cachot. Je vous dis en « vérité , vous ne sortirez point de cette prison « jusqu'à ce que vous ayez payé jusqu'à la dernière « obole ; " tout ce que vous devez à Dieu et à sa justice : Amen dico tibi, non exies inde, donec reddas novissimum quadrantem '. Ainsi accommodons-nous , pendant qu'il est temps , avec ce redoutable adversaire; réconcilions-nous , faisons notre paix avec la vérité que nous haïssons injustement. « Elle n'est pas éloignée de nous : » ISon longe est ab unoquoque nostruW\ elle est au fond de nos cœurs ; c'est là où nous la pouvons embrasser ; et quand vous l'en auriez tout à fait chassée, vous pouvez l'y rappeler aisémentsi vous vous rendez attentifs à ma deuxième partie.

DEUXIÈME POINT

C'est un effet admirable de la Providence qui régit le monde , que toutes les créatures vivantes et inanimées portent leur loi en elles-mêmes. Et le ciel , et le soleil , et les astres , et les éléments , et les animaux , et enfin toutes les parties de cet univers ont reçu leurs lois particulières, qui, ayant toutes leurs secrets rapports avec cette loi éternelle qui réside dans le Créateur, font que tout marche en concours et en unité suivant l'ordre immuable de sa sagesse. S'il est ainsi , chrétiens, que toute la nature ait sa loi , l'homme a dû aussi recevoir la sienne ; mais avec cette différence, que i les autres créatures du monde visible l'ont reçue sans la connaître : au lieu qu'elle a été inspirée à l'homme dans un esprit raisonnable et intelUgent, comme dans un globe de lumière dans lequel il la voit briller elle-même avec un éclat encore plus vif que le sien ; afin que, la voyant, il l'aime, et que l'aimant il la suive par un mouvement volontaire.

C'est en cette sorte , âmes saintes , que nous portons en nous-mêmes et la loi de l'équité naturelle, et la loi de la justice chrétienne. La première nous est donnée avec la raison en naissant dans cet ancien monde, selon cette parole de i'Évangile , que « Dieu illumine tout homme ve- « nant au monde ^ ; « et la seconde nous est inspirée avec la foi , qui est la raison des chrétiens , en renaissant dans l'Église qui est le monde nouveau; et c'est pourquoi le baptême s'appelait dans l'ancienne Eglise le mystère d'illumination, qui est une phrase apostolique tirée de la divine épitre aux Hébreux ''.

Ces lois ne sont autre chose qu'un extrait fidèle de la vérité primitive , qui réside dans l'es-

» Matth. V, 25 , 26.

» ^c/. XVII, 27.

» Joan. I, 9.

prit de Dieu ; et c'est pourquoi nous pouvons dire sans crainte que la vérité esten nous. Mais si nous ne l'avons pas épargnée dans le sein même de Dieu , il ne faut pas s'étonner que nous la combattions en nos consciences. De quelle sorte, chrétiens? il vous sera utile de le bien entendre; et c'est pourquoi je lâcherai de vous l'expliquer.

Je vous ai dit, dans le premier point, qu'en vain les pécheurs attaquaient en Dieu cette vérité originale; ils se perdent tout seuls, elle n'est ni corrompue ni diminuée. Mais il n'en est pas de la sorte de cette vérité inhérente en nous : car comme nous la touchons de plus près , et que nous pouvons , pour ainsi dire , mettre nos mains dessus, nous pouvons aussi, pour notre malheur, la mutiler et la corrompre , la falsifier et l'obscurcir. Et il ne faut pas s'étonner si cette haine secrète par laquelle le pécheur s'efforce de la détruire dans l'original et dans sa source , le porte à l'altérer autant qu'il peut dans les copies et dans les ruisseaux. Mais ceci est trop vague et trop gêné rai ; venons à des idées plus particulières.

Je veux donc dire , messieurs , que nous falsifions dans nos consciences la règle de vérité qui doit gouverner nos mœurs , afin de ne voir pas quand nous faisons mal : et voici en quelle manière.

Deux choses sont nécessaires pour nous connaître nous-mêmes et la justice de nos actions : que nous ayons les règles dans leur pureté , et que nous nous regardions dedans comme dan^ un miroir fidèle. Car en vain le miroir est-il bien placé, en vain sa glace est-elle polie : si vous n'y tournez le visage , il ne sert de rien pour vous reconnaître ; non plus que la règle de la vérité , si vous n'en approchez pas pour y contempler quel vous êtes.

C'est ici que nous errons doublement; car nous altérons la règle , et nous nous déguisons nos mœurs à nous-mêmes. Comme une femme mondaine, amoureuse jusqu'à la folie de cette beauté d'un jour, qui peint la surface du visage pour cacher la laideur qui est au dedans; lorsqu'en consultant son miroir elle ne trouve ni cet éclat ni cette douceur que sa vanité désire , elle s'en prend premièrement au cristal , elle cherche ensuite un miroir qui flatte. Que si elle ne peut tellement corrompre la fidélité de sa glace, qu'elle ne lui montre toujours beaucoup de laideur, elle s'avise d'un autre moyen : elle se plâtre, elle se farde, elle se déguise , elle se donne de fausses couleurs; elle se pare, dit saint Ambroise ', d'une bonne grâce achetée, elle repaît sa vanité, et laisse jouir son orgueil du spectacle d'une beauté

' De Firginib. lib. i, cap. VI, n"' 28, 29, t. n, col. 163.

POUR LA VÉRITÉ

imaginaire. C'est à peu près ce que nous faisons , loi-sque notre vie mauvaise [nous rend odieux à nous-mêmes j. Loi-sque nous courons après nos désirs , notre âme se défigure et perd toute sa beauté : si, eu cet état déplorable nous nous présentons quelquefois à cette règle de vérité écrite en nos cœurs, notre difformité nous étonne , elle fait horreur à nos yeux ; nous nous plaignons de la règle. Ces lois austères , dont on nous effraye , ne sont pas les lois de l'Évangile ; elles ne sont pas si fâcheuses, ni si ennemies de l'humanité : nous éloignons ces dures maximes , et nous mettons en leur placç, ainsi qu'une glace flatteuse , des maxiines d'une piété accommodante. Cette loi de la dilection des ennemis , cette sévérité de la pénitence et de la mortification chrétienne, ce précepte terrible du détachement du monde , de ses vanités et de ses pompes , ne se doit pas prendre au pied de la lettre ; tout cela tient plus du conseil que du commandement absolu.

Mais, chrétiens, il est malaisé de détruire tout à fait en nous cette règle de vérité , qui est si profondément empreinte en nos âmes ; et quelque petit rayon qui nous en demeure , c'est assez pour convaincre nos mauvaises mœurs et notre vie licencieuse. Cette pensée nous chagrine ; mais notre amour-propre s'avance à propos pour nous ôter cette inquiétude : il nous présente un fard agréable , il donne de fausses couleurs à nos intentions ; il dore si bien nos vices , que nous les prenons pour des vertus.

Voilà, mes frères, les deux manières par lesquelles nous falsifions et l'Évangile et nous-mêmes : nous craignons de le découvrir en sa vérité , et de nous voir nous-mêmes tels que nous sommes. Nous ne pouvons nous résoudre à nous accorder avec l'Évangile par une conduite réglée ; nous tâchons de nous approcher en déguisant l'un et l'autre , faisant de l'Évangile un assemblage monstrueux de vrai et de faux , et de nous-mêmes un personnage de théâtre qui n'a que des actions empruntées, et à qui rien ne convient moins que ce qu'il paraît.

Et en effet , chrétiens , lorsque nous formons tant de doutes et tant d'incidents , que nous réduisons l'Évangile et la doctrine des mœurs à tant de questions artificieuses ; que faisons-nous autre chose, sinon de chercher des déguisements? et que servent tant de questions , sinon à nous faire perdre , parmi des détours infinis , la trace toute droite de la vérité? Ne faisons ici la guerre à pei"Sonne , sinon à nous-mêmes et à nos vices ; mais disons hautement dans cette chaire , que ces pécheurs subtils et ingénieux , qui tournent l'Évangile de tant de côtés , qui trouvent des raisons de douter sur l'exécution de tous les précep-

tes, qui fatiguent les casuistes par leurs consultations infinies , ne travaillent ordinairement qu'à nous envelopper la règle des mœurs. « Ce sont des « hommes , dit saint Augustin , qui se tourmen- « tent beaucoup pour ne trouver pas ce qu'ils « cherchent , « nihil laborant nisi non invenire qnod quœrunt ' : ou plutôt ce sont ceux dont parle l'apôtre , qui n'ont jamais de maximes fixes ni de conduite certaine; « qui apprennent tou- « jours , et cependant n'arrivent jamais à la science « de la vérité, » semper discentes, et nunquam ad scientiam veritatis pervenientes^ .

Ce n'est pas ainsi, chrétiens , que doivent être les enfants de Dieu. A Dieu ne plaise que nous croyions que la doctrine chrétienne soit toute en questions et en incidents ! l'Évangile nous a donné quelques principes , Jésus-Christ nous a appris quelque chose ; son école n'est pas une académie, où chacun dispute ainsi qu'il lui plaît. Qu'il puisse se rencontrer quelquefois des difficultés extraordinaires , je ne m'y veux pas opposer ; mais je ne crains point de vous assurer que , pour régler notre conscience sur la plupart des devoirs du christianisme , la simplicité et la bonne foi sont deux grands docteurs , qui laissent peu de choses indécises. Pourquoi donc subtilisez-vous sans mesure? Aimez vos ennemis, faites-leur du bien. Mais c'est une question , direz-vous , ce que signifie cet amour ; si aimer ne veut pas dire , ne les haïr point : et pour ce qui regarde de leur faire du bien , il faut savoir dans quel ordre et s'il ne suffit pas de venir à eux après que vous aurez épuisé votre libéralité sur tous les autres; et alors ils se contenteront , s'il leur plaît , de vos bonnes volontés.

Raffinements ridicules! aimer, c'est-à-dire, aimer. L'ordre de faire du bien à vos ennemis dépend des occasions particulières que Dieu vous présente, pour rallumer, s'il se peut en eux, le feu de la charité que vos inimitiés ont éteint : pourquoi raffiner davantage? Grâce à la miséricorde divine ,1a piété chrétienne ne dépend pas des inventions de l'esprit humain ; et pour vivre selon Dieu en simplicité , le chrétien n'a pas besoin d'une grande étude, ni d'un grand appareil de littérature : « Peu de choses lui suffisent , dit « Tertullien, pour connaître de la vérité ce qu'il « lui en faut pour se conduire: » Christian opaucis ad scientiam veritatis opus est ^.

Qui nous a donc produit tant de doutes , tant de fausses subtilités , tant de dangereux adoucissements sur la doctrine des mœurs , si ce n'est que nous voulons tromper et être trompés? De

• De Gènes, contra Munich, lil). H, cap. ii, t. I , col. 603. ' II. Tim. m, 7.

3 De Anim. n" 2.

SUR LA HAINE DES HOMMES

là tant de questions et tant d'incidents qui raffinent sur les chicanes et les détours du barreau. Vous avez dépouillé cet homme pauvre , et vous êtes devenu un grand fleuve engloutissant les petits ruisseaux ; mais vous ne savez pas par quels moyens, ni je ne me soucie de le pénétrer : soit que ce soit en levant les bondes des digues , soit par quelque machine plus délicate ; enfin vous avez mis cet étang à sec, et il vous redemande ses eaux. Que m'importe , ô grande rivière qui regorges de toutes parts , en quelle manière et par quels détours ses eaux ont coulé en ton sein ! je vois qu'il est desséché , et que vous l'avez dépouillé de son peu de bien. Mais il y a ici des questions et , sans doute , des questions importantes ; tout cela pour obscurcir la vérité. C'est pourquoi saint AugTistin a raison de comparer ceux qui les forment à des hommes « qui soufflent sur de la poussière , et se jettent de la terre aux yeux , >> sufftantes in pulverem^ et excitantes terram in oculossms I. Eh quoi, vous étiez dans le grand chemin de la charité chrétienne; la voie vous paraissait toute droite , et vous avez soufflé sur fa terre ! mille vaines contentions , mille questions de néant se sont excitées , qui ont troublé votre vue comme une poussière importune , et vous ne pouvez plus vous conduire : un nuage vous couvre la vérité , vous ne la voyez qu'à demi.

Mais c'en est assez , chrétiens , pour convaincre leur mauvaise vie. Car encore que nous tournions le dos au soleil , et que nous tâchions par ce moyen de nous envelopper dans notre ombre, les rayons qui viennent de part et d'autre nous donnent toujours assez de lumière. Encore que nous détournions nos visages de peur que la vérité ne nous éclaire de front , elle envoie par les côtés assez de lumière pour nous empêcher de nous méconnaître. Accourez ici, amour-propre; avec tous vos noms , toutes vos. couleurs, tout votre art, et tout votre fard, venez peindre nos actions , venez colorer nos vices : ne nous donnez point de ce fard grossier qui trompe les yeux des autres ; déguisez-nous si délicatement et si finement , que nous ne nous connaissions plus nousmêmes.

Je n'aurais jamais fait, messieurs, si j'entreprenais aujourd'hui de vous raconter tous les artifices par lesquels l'amour-propre nous cache à nous-mêmes , en nous donnant de faux jours , en nous faisant prendre le change, en détournant notre attention ou en charmant notre vue. Disons quelques-unes de ses finesses; mais donnons en même temps une règle sûre pour en découvrir la malice. Vous allez voir, chrétiens, comment il nous persuade premièrement que nou§ sommes ' Conf. lib. xu, cap. xvi, 1. 1 , col. 2i6.

bien convertis , quoique l'amour du monde règne encore en nous ; et pour nous pousser plus avant, que nous sommes zélés , quoique nous ne soyons pas même charitables.

Voici comme il s'y prend pour nous convertir : prêtez l'oreille, messieurs, et écoutez les belles conversions que fait l'amour-propre. Il y a presque toujours en nous quelque commencement imparfait et quelque désir de vertu , dont l'amourpropre relève le prix , et qu'il fait passer pour la vertu même : c'est ainsi qu'il commence à nous convertir. Mais il faut s'affliger de ses crimes ; il trouvera le secret de nous donner de la componction. Nous serions bien malheureux , chrétiens, si le péché n'avait pas ses temps de dégoût, aussi bien que toutes nos autres occupations. Ou le chagrin, ou la plénitude fait qu'il nous déplaît quelquefois : c'est la contrition que fait l'amourpropre. Bien plus, j'ai appris du grand saint Grégoire ' : que comme Dieu, dans la profondeur de ses miséricordes , laisse quelquefois dans ses serviteurs des désirs imparfaits du mal, pour les enraciner dans l'humilité ; aussi l'ennemi de notre salut, dans la profondeur de ses malices, laisse naître souvent dans les siens un amour imparfait de la justice , qui ne sert qu'à les enfler par la vanité : ceux-là se croient de grands pécheurs , ceux-ci se persuadent souvent qu'ils sont de grands saints. Ainsi le malheureux Balaam admirant les tabernacles des justes s'écrie tout touché , ce semble : « Que mon âme meure de la « mort des justes M » est-il rien de plus pieux? Mais après avoir prononcé leur mort bienheureuse , le même donne aussitôt des conseils pernicieux contre leur vie. Ce sont les profondeurs de Satan , comme les appelle saint Jean dans l'Apocalypse , altitudities Satanœ ^ ; mais il fait jouer pour cela les ressorts délicats de notre amour-propre. C'est lui qui fait passer ces dégoûts qui viennent ou de chagrin ou d'humeur, pour la componction véritable ; et des désirs qui semblent sincères, pour des résolutions déterminées. Mais je veux encore vous accorder que le désir peut être sincère : mais ce sera toujours un désir, et non une résolution déterminée ; c'est-à-dire , ce sera toujours une fleur : mais ce ne sera jamais un fruit , et c'est ce que Jésus-Christ cherche sur ses arbres.

Pour nous détromper, chrétiens , des tromperies de notre amour-propre , la règle est de nous juger par les œuvres. C'est la seule règle infaillible, parce que c'est la seule que Dieu nous donne; il s'est réservé de juger les cœurs par

' Pastor. part, m, cap. xxx, t. ir, col. 87. » ]\um. XXIII , 10.

' Jpoc. U, 24.

POUR LA VÉRITÉ

leurs dispositions intérieures , et il ne s'y trompe jamais : il nous a donné les œuvres , comme la marque pour nous reconnaître ; c'est la seule qui ne trompe pas. Si votre vie est changée , c'est le sceau de la conversion de votre cœur. Mais prenez garde encore en ce lieu aux subtilités de l'amour-propre : prenez garde qu'il ne change un vice en un autre , et non pas le vice en vertu ; que l'amour du monde ne règne en vous sous un autre titre; que ce tyran, au lieu de remettre le trône à Jésus-Christ le légitime Seigneur, n'ait laissé un successeur de sa race , enfant aussi bien que lui de la même convoitise. Venez à l'épreuve des œuvres 5 mais ne vous contentez pas de quelques aumônes, ni de quelque demi-restitution. Ces œuvres dont nous parlons , qui sont le sceau de la conversion, doivent être des œuvres pleines devant Dieu , comme parle l'Écriture sainte : No7i invenio opéra tuaplena coram Deo meo ' : « Je ne trouve point vos œuvres pleines devant « mon Dieu : » c'est-à-dire , qu'elles doivent embrasser toute l'étendue de la justice chrétienne et évaogélique.

Après vous avoir montré de quelle sorte l'amour-propre convertit les hommes, je vous ai promis de vous dire comment il fait semblant d'allumer leur zèle. Je l'expliquerai en un mot; c'est qu'il est naturel à l'homme de vouloir tout régler, excepté lui-même. Un tableau qui n'est pas posé en sa place choque la justesse de notre vue ; nous ne souffrons rien au prochain , nous n'avons de la facilité ni de l'indulgence pour aucune faute des autres. Ce grand dérèglement vient d'un bon principe ; c'est qu'il y a eu nous un amour de l'ordre et de la justice qui nous est donné pour nous conduire. Cette inclination est si forte , qu'elle ne peut demeurer inutile : c'est pourquoi si nous ne l'occupons au dedans de nous , elle s'amuse au dehors ; elle se tourne à régler les autres , et nous croyons être fort zélés quand nous détestons le mal dans les autres. Il plaît à l'amour-propre que nous exercions ou plutôt que nous consumions et que nous épuisions ainsi notre zèle.

Faites ce que vous voulez qu'on vous fasse ; employez pour vous la même mesure dont vous vous servez pour les autres , toutes les ruses de l'amour-propre seront éventées. N'ayez pas deux mesures, l'une pour le prochain et l'autre pour vous , « car c'est chose abominable devant le Sei- « gneur * : » n'ayez pas une petite mesure où vous ne mesuriez que vous-même, pour régler vos devoirs ainsi qu'il vous plaît ; car cela attire la colère de Dieu. Mensura minor irœ plena, « La

' Apoc. III, 2. * Prov. XX , 23.

« fausse mesure est pleine de la colère de Dieu , » dit le prophète Michée'. Prenez la grande mesure du christianisme , la mesure de lacharité; mesure pleine et véritable , qui enferme le prochain avec vous, et qui vous range tous deux sous la même règle et sous les mêmes devoirs, tant de l'équité naturelle que de la justice chrétienne. Ainsi ce grand ennemi de la vérité intérieure , l'amourpropre, sera détruit en nous-mêmes : mais s'il vit encore , voici qui lui doit donner le coup de la mort ; la vérité dans les autres hommes convainquant et reprenant les mauvaises œuvres : c'est ■ le dernier effort qu'elle fait , et c'est là qu'elle reçoit les plus grands outrages.

TBOISIÈME POIIVT.

S'il appartient à la vérité de régler les hommes, et de les juger souverainement ; à plus forte raison , chrétiens , elle a droit de les censurer et de les reprendre. C'est pourquoi nous apprenons par les saintes Lettres , que l'un des devoirs les plus importants de ceux qui sont établis pour être les dépositaires de la vérité, c'est de reprendre sévèrement les pécheurs ; et il faut que nous apprenions de saint Augustin , quelle est l'utilité d'un si saint emploi.

Ce grand homme nous l'explique en un petit mot au livre de la Correction et de la Grâce * , où, faisant la comparaison des préceptes que l'on nous donne avec les reproches que l'on nous fait , et recherchant à fond , selon sa coutume , l'utilité de l'un et de l'autre , il dit que « comme « on nous enseigne par le précepte ce que nous « avons à faire, on nous montre par les reproches, « que si nous ne le faisons pas , c'est par notre « faute. »

Et en effet , chrétiens , c'est là le fruit principal de telle censure : car quelque front qu'aient les pécheurs , le péché est toujours timide et honteux. C'est pourquoi qui médite un crime, médite pour l'ordinaire une excuse : c'est surprise, c'est fragilité , c'est une rencontre imprévue ; il se cache ainsi à lui-même plus de la moitié de son crime. Dieu lui suscite un censeur charitable mais rigoureux, qui , perçant toutes ses défenses, lui fait sentir que c'est par sa faute, et lui ôtant tous les vains prétextes , ne lui laisse que son péché avec sa honte. Si quelque chose le peut émouvoir, c'est sans doute cette sévère correction ; et c'est pourquoi le divin apôtre ordonne à Tite , son cher disciple , d'être dur et inexorable en quelques rencontres : « Reprenez-les , dit-il , du- « rement : » Increpa illos dure ^ : c'est-à-dire ,

> Mich. VI, 10.

' Cap. III , n" 5 , t. X , col. 762.

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