SUR LE JUGEMENT DE JÉSUS-CHRIST
Jésus-Christ , qu'il ne dit rien pour ménager la faveur des hommes. Les pharisiens le flattent ; il n'en foudroie pas moins leur orgueil , et ne relâche pas pour leurs flatteries, sa juste et nécessaire sévérité. Us le fatiguent , ils l'importunent, ils le persécutent; sa douceur ne s'en aigrit pas : « Race infidèle et maudite , amenez ici! votre « fils ' : » ils le crucifient ; il prie pour eux , et sa vérité subsiste au-dessus de tant de bizarres jugements des hommes.
Aussi paraît-il en juge; il brave la majesté des faisceaux romains par l'invincible fermeté de son silence : le titre de sa royauté est écrit au haut de sa croix ; parce qu'il règne sur tout le monde par ce bois infâme , et que ce qui est folie aux Gentils devient la sagesse de Dieu pour les fidèles : pendant que le monde le condamne , il ne laisse pas d'avoir ses enfants qui le reconnaissent; la sagesse €st justifiée par ses enfants. Mais il choisit un autre peuple : il étend ses bras dans la croix , « et il attire tout à lui : » Omnia traham ad meipsum '. « II mesure le monde, « dit Lactance ^, et il appelle un nombre infini de « nations qui viendront se reposer sous ses ai- « les : » ainsi il juge les Juifs , et se choisit un autre peuple.
« Il est prêché aux uns , dit saint Hilaire , et « d'autres le reconnaissent; il naît pour ceux-ci , « et il est aimé de ceux-là ; les siens le rejettent, « et des étrangers le reçoivent ; ceux de sa pro- « pre maison le persécutent, ses ennemis l'ac- « cueillent avec tendresse; les adoptifs deman- « dent l'héritage, ceux de sa famille le méprisent; « les enfants répudient le testament , les servi- « teurs le reconnaissent. Ainsi le royaume des « cieux souffre violence, et ceux qui la font -< l'emportent ; parce que la gloire due à Israël à « cause de ses pères, annoncée par les prophè- « tes, offerte par Jésus-Christ, est saisie et enle- « vée par la foi des nations : » Aliis Chrisiusprœdicatur, et ab aliis agnoscitur; aliis nacistur, et ab aliis diligitur; suieum respuuni ; alieni suscipiunt; proprii insectantur, corn pie ctuntur inimici, hœreditatem adoptio expetit , familia rejicit; testamentum filii répudiant, servi recognoscunt. Itaque vim regnum cœlorum patitur, inferentesque diripiunt; quia gloria Israël à patribus débita, àprophetis nuntiata, à Christo oblata,fide gentium occupatur et rapitur '^. Ainsi pendantquele peuplejuif le juge et le condamne, il se choisit un peuple qui se soumet à ses lois , et qui consent au jugement souverain qu'il pro-
» Matth. XVII, 16.
' Joan. XII , 32.
* Divin, institut, lib. iv, cap. xxvi, i. i,p. 044.
*■ Comment, in Matth. n° 7, col. 664.
' nonce du haut de sa croix , non-seulement contre les Juifs , mais encore contre le monde : Nunc judicimn est mundi.
SECOND POINT
Pour apprendre maintenant ce que Jésus a condamné dans le monde , considérez seulement ce qu'il a rejeté. [Que pouvait-il manquer à celui qui possède] une puissance infinie , une sagesse infinie? Ce qu'il n'a pas eu , c'est par choix ; « il a jugé la gloire du monde indigne de lui et « des siens : » Gloriam sœculi alienam et sibi et suis judicavit. « Il l'a rejetée , parce qu'il la « méprisait; en la rejetant, il l'a condamnée ; en « la condamnant , il l'a comptée parmi les pom- « pes du diable : » Quam noluit, rejecit; quam rejecit, damnavit, quam damnavit, in pompa diaboli deputavit \ « N'aimez pas, dit saint Au- « gustin * , les choses temporelles ; parce que si « l'on pouvait les aimer bien , cet homme , que « le Fils de Dieu s'est uni , les aimerait. Ne crai- « gnez pas les outrages , les croix , la mort; parce « que s'ils nuisaient à l'homme, cet homme, que le « Fils de Dieu s'est uni, ne les souffrirait pas : » Nolite amare temporalia; quiasibene amarentur, amaret ea homo quem suscepit Filius Dei. Nolite timere contumelias, etcruces, etmortem; quia si nocerent homini, non eapateretur homo quem suscepit Filius Dei.
La beauté , la santé , la vie , si c'étaient des biens, serait-il permis aux hommes furieux [d'en priver leurs semblables]? mais serait-il permis aux démons de les ravir au Sauveur? Retranchez donc l'amour de la vie [de vos désirs, comme ne faisant point partie du bien véritable.] Non est species ei neque décor ' : « Il est sans beauté « et sans éclat ; » et vous voulez forcer la nature, et rappeler en quelque [sorte] la jeunesse fugitive [par ces] cheveux contrefaits , ces couleurs appliquées.
La puissance, c'est ce qu'on demande; l'élévation , [c'est ce qu'on souhaite] ; et pour cela les richesses , principaux instruments de la puissance et de la grandeur. Jésus [veut] si peu de puissance qu'il se soumet volontairement à la puissance des ténèbres. Pilate a puissance sur lui , et il l'a reçue d'en haut ; pour vous faire voir qu'encore que la puissance soit un présent de Dieu , ce n'est ni des principaux , ni des plus grands ; puisqu'il le donne à un ennemi contre son propre Fils. Combien devait craindre Pilate sa propre puissance ! combien les marques de son autorité devaient-elles le faire trembler, s'il
' Tertull.de Idolaf. n" IS.
' De Agon. Christ, cap. xi, u» 12, t. VI, col. 251.
' Is. LUI , 2.